-  Lundi 21 September 2020

Un moment avec elle…

 -  Binod Khakurel

Après une contemplation rapide de l’opéra Garnier, nous avons pris la direction de la place Vendôme. Il était environ 3 h de l’après-midi, un dimanche du mois de février. Il faisait plutôt froid, pas glacial, mais froid tout de même. Le soleil paraissait légèrement timide et préférait se cacher derrière les nuages. Parfois, il sortait de ce rideau du ciel gris et venait nous saluer, ou peut-être nous observer. Je n’ai pas fait trop attention à ce qui pouvait se passer aux alentours car j’étais assez occupé à discuter avec elle en continuant à marcher.

             Place Vendôme : le cœur de l’élégance de Paris ; les grandes marques comme Cartier, Dior, Chanel parmi d’autres, et tous ces objets précieux exposés dans des vitrines avec beaucoup de soins et de délicatesse et chacun affichait un prix astronomique.Il m’arrive parfois de franchir les portes de ces boutiques de grand luxe et de dépenser une somme folle pour un objet qui tient entre deux doigts. On s’est arrêté 2 secondes, j’en ai profité pour savourer le panorama de l’ensemble de ces bâtiments si soigneusement construits. Cette place me donne toujours l’impression d’un musée vivant.

 « C’est un endroit que j’aime beaucoup… » Les mots sont sortis de ma bouche sans que je m’en rende compte.

En effet, quand je passe par là, je marche très lentement pour bien observer ce que je peux voir tout autour, ou je visite les boutiques ou je m’assois un instant tout simplement quelque part, avant de m’en aller. 

             « Ah bon ! Tu aimes cet endroit ? » Une question accompagnée d’un étonnement inattendu m’était adressée avant même que j’eus fini ma phrase.

             « Oui », dis-je, tout simplement. 

             « Mais c’est austère ici ! » Me répondit-elle 

            Discrètement, j’ai essayé d’observer son regard et son expression pour bien mesurer son étonnement qui m’a quand même un peu surpris. J’avais déjà noté que les provinciaux apprécient peu les quartiers chics de Paris. Trop bruyants, trop austères ou peut-être un peu trop élégants, trop «parisiens» à leur goût. Bien que je sois un népalais, je me sens plus parisien que provincial, et personnellement, je suis un amoureux de cette ville que je trouve de plus en plus charmante d’année en année.

              Je me suis dit que le fait d’avoir grandi dans une petite ville calme de la Belgique et sans doute plus près de la nature, a façonné son regard différemment, ce qui est tout à fait compréhensible. Beaucoup n'affectionneraient pas Paris mais elle l’aimait plutôt, et, ça me faisait plaisir de l’entendre.

            Lentement, nous avons continué à marcher vers la rue de Rivoli qui rejoignait avec majesté la place de la Concorde laissant le Louvre puis les Tuileries à sa gauche.

            « Je te suis Monsieur Binod »,  me disait-elle.

             Nous allions prendre un thé dans un endroit calme et confortable, moi seul savais où. Elle m’a rappelé qu’il y avait un endroit belge, tout à coté, qui s’appelait ANGELINA, réputé aussi pour son chocolat chaud. Bien que ce lieu ne me soit pas inconnu, j’ignorais sa réputation.  

             «Tu aimes le chocolat chaud, Binod ?»

Elle me l’a demandé en m’offrant un regard rapide et d’une voix très douce. A ce moment précis, j’aimais plus sa façon de me poser la question que le chocolat lui-même. J’ai failli lui dire : « si tu me le demandes avec autant de charme, je pourrais tout aimer, tu sais ! ».

            « Oui, j’adore les chocolats », lui ai-je répondu simplement.

  Un gourmand comme moi ne pouvait pas ne pas aimer le chocolat quelque soit sa forme.

           « Alors je t’emmène chez ANGELINA  ». M’a dit-elle, toujours avec une voix aussi douce.

            J’aurais avec plaisir accepté sa proposition mais, dans ma tête, nous allions prendre le thé, dans mon endroit préféré. Alors on s’est mis d’accord : Le chocolat chaud pour une autre fois.

          « Voila c’est ici…, Je t’en prie… », disais-je, en lui faisant un signe pour entrer.

          « Mais non … ! Regarde, comment  je me suis habillée ! Je ne vais pas y aller avec ça ».

           En pointant son doigt sur ses baskets, elle exprimait timidement son embarras de ne pas être habillée pour aller dans un tel endroit. Je trouvais ça trop mignon, tellement que j’aurais bien aimé quelle le refasse.

            Grande porte, endroit spacieux, les fleurs merveilleuses un peu partout, une décoration classique avec une cour carrée qui donnait grande allure à ce lieu apaisant… j’ai toujours adoré l’environnement de cet hôtel Intercontinental au cœur de Paris.

             En entrant par la grande porte, à gauche, se trouvait un café bien sympathique où j’aime encore me rendre de temps à autre.

             Nous avons choisi une table et nous sommes assis face à face. Les fauteuils en bois et en cuir dans un style 19ème étaient bien confortables. Une table ronde ni trop petite ni trop grande, la pièce juste assez éclairée, le personnel très élégant, le cadre très agréable, ni fumée de cigarette, ni trop de bruit, la musique classique douce jouée dans la salle par un pianiste et ma compagne très aimable et chaleureuse, très gentille et attentive, très courtoise et affectueuse… Alors, en un court instant il était déjà plus de 19 heures.

Les quatre heures sont passées comme un éclair, une sensation rare pour moi quand je sors. Devais-je donner une signification à cet instant…, à ce temps si vite écoulé? Peut être…

 Tardivement, je me suis posé la question mais sans parvenir à une conclusion précise.

             Une semaine plus tard, nous étions de retour, au même endroit, à la même table et dans la même ambiance… comme si, le moment agréable de la semaine précédente avait était prolongé. 

            Entre ces deux rendez-vous, une semaine pratiquement s’était écoulée. En l’espace d’une semaine, je crois que nous étions devenus plus proches, mais, cependant, moins à l’aise. Je ne sais trop pourquoi. Peut être les sujets de conversation. En tout cas, parfois je ne trouvais pas de mots pour finir mes phrases, parfois je disais autre chose que ce que je voulais dire, ou encore ne pouvant plus parler naturellement je préférais plutôt l’écouter et la contempler tout simplement. 

         A sa gauche se trouvait une ampoule allumée de laquelle émanait une lumière douce comme celle d’une chandelle dans une pièce de château vénitien. Lorsqu’elle tournait sa tête à droite, la distance parfaite entre elle et cette source de lumière faisait briller son visage, et ses beaux yeux étaient comme deux étoiles. Chaque fois que je la regardais, je la trouvais toujours plus belle et charmante. Ses cheveux bruns que je voyais légèrement cendrés, changeaient selon la lumière, et me paraissaient parfois presque noirs, parfois gris.

             Cette fois aussi le temps est passé vite, peut être un peu trop vite. Quand on s’est levé, ma montre m’indiquait qu’il était déjà plus de 22 heures.

 

 

 

                                                        07 mars 2004, Paris 13ème                          


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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