-  Lundi 26 Août 2019

Bhoutan-Népal : les réfugiés du toit du monde

 -  Marianne

31 mai 2007 - Au Népal, depuis le 29 mai, 15 000 réfugiés bhoutanais tentent de rejoindre leur pays via le Bengale occidental, en territoire indien. L’Inde refuse de les laisser passer et le Bhoutan, d'où ils ont été massivement expulsés au début des années 90, de les réintégrer. Environ 100 000 réfugiés croupissent ainsi dans les camps népalais dans l’indifférence la plus totale.

Moins connu que le calvaire des Tibétains, celui des réfugiés bhoutanais du Népal est une autre histoire d'opprimés du toit du monde. A la fin des années 80, le petit royaume himalayen du Bhoutan se lance dans une politique d'uniformisation culturelle. Accusant leur lointaine ascendance népalaise, le roi Jigme Singye Wangchuck décide de déchoir de leur citoyenneté et d'expulser de force des dizaines de milliers de Bhoutanais. Le Bhoutan, la "Terre du dragon tonnerre", se transforme en terre brûlée en perdant un sixième de sa population. Ces réfugiés, aujourd'hui 107 000, ont pour la plupart atterri dans des camps de fortune à l'est du Népal où ils croupissent depuis plus de 15 ans dans des conditions difficiles : surpopulation, violences, etc.; interdits de travail, ces Lhotsampas (gens du sud) ne subsistent que grâce aux rations humanitaires de l'Onu.

Depuis quelques mois, il semblerait que l'exemple de la "révolution démocratique" népalaise d'un côté, qui a permis de transformer le royaume en monarchie parlementaire, et la perspective de participer aux première élections de l'histoire du Bhoutan (en 2008), de l'autre, aient poussé les réfugiés bhoutanais à réclamer avec force leur droit au retour. Ainsi, 15 000 Lhotsampas se sont-ils lancés le 29 mai dans une "longue marche" pour retourner au pays. Problème : ni l'Inde, territoire par lequel ils doivent transiter, ni le Bhoutan ne veulent d'eux. Sur le pont de la rivière Mechi, qui marque la frontière indo-népalaise, les forces de sécurité indiennes ont répondu par des tirs avec balles en cahoutchouc aux jets de pierre des réfugiés. Les sources évoques des dizaines de blessés et peut-être un mort. La veille, des affrontements avaient eu lieu à l'intérieur même d'un camp népalais, qui auraient faits deux morts : les réfugiés s'opposaient sur la meilleure stratégie à suivre entre accepter l'offre de plusieurs pays occidentaux, dont les Etats-Unis, le Canada, la Norvège et l’Australie de les accueillir, ou poursuivre sur la voie du retour au Bhoutan. « Le rapatriement au Bhoutan est la solution souhaitable et les réfugiés doivent avoir le choix », a déclaré Antonio Guterres le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en mission de conciliation au Népal et au Bhoutan, bien obligé de constater l'impasse malgré la teneur toute diplomatique du propos : « jusqu’à aujourd’hui, il n’y avait pas d’issue. Mais l’intérêt porté récemment à la réinstallation de plusieurs réfugiés nous encourage beaucoup »...

Alors que le Bhoutan s'est lancé sur la voie d'une timide démocratisation - les premières élections de son histoire, en 2008, sont précédées en ce moment même d'un scrutin factice censé acclimater les Bhoutanais à la démocratie (il oppose le parti rouge au parti jaune) -, la persistance de discriminations à l'encontre de ses minorités népalaises et le refus de permettre le retour des réfugiés font mauvais genre. Au pays du "bonheur national brut", formule originale adoptée en lieu et place du PIB pour mesurer la richesse matérielle et spirituelle des Bhoutanais, le bonheur, justement, ne frappe pas à toutes les portes.

Source: Marianne
© FRANCE NEPAL info

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