-  Dimanche 11 Avril 2021

Maroc: conférence-hommage à Baudelaire

 -  Léo Purguette

18 Mai 2007 - Les «Fleurs du Mal ont cent cinquante ans», ainsi était intitulée la conférence-hommage à Baudelaire de Jean-François Poirier, à l'Institut français de Rabat.

Le spécialiste de Baudelaire a exposé sa vison, aiguisée, parfois iconoclaste des «Fleurs du Mal» et de leur auteur, mais quel plus bel hommage pouvait-on rendre au très peu classique Baudelaire.

Devant une salle de passionnés, qui a débattu avec lui pendant plus d'une heure, l'universitaire a rappelé les sources majeures d'inspiration du dernier recueil de poésie à avoir connu une audience mondiale et suscité un nombre aussi élevé d'études.

Baudelaire, en 1857, lorsqu'il écrit les «Fleurs du Mal», est jeune, mais irréversiblement imprégné de la mélancolie de l'Homme européen du XIXème siècle. Ce même sentiment qu'il désignera plus tard par le «spleen».

En cela, on peut considérer que l'oeuvre de Baudelaire ne comporte aucune marque d'espérance, aucune ouverture vers un avenir meilleur.

Ce «nihilisme» qui sera théorisé par Nietzsche, grand admirateur de Baudelaire au demeurant, s'accompagne d'une absence totale de nostalgie, a affirmé Jean-François Poirier.

Plusieurs questions d'un public de connaisseurs, l'ont poussé à développer cette thèse.

Pour lui, Baudelaire, très imprégné de la culture chrétienne, croyait fermement au péché originel, en ce sens, tout ce qui était proche de la nature, d'un état passé, primitif était à bannir.

Son sens de la provocation l'avait d'ailleurs conduit à déclarer : «La femme est naturelle, c'est-à-dire abominable».

En outre, les «Fleurs du Mal» devaient s'intituler initialement «Les Limbes» en référence à ce lieu situé aux frontières de l'enfer, où les âmes des enfants morts avant le baptême souffrent éternellement sans autre raison que celle du péché originel.

Très inspiré par le poète latin Juvénal, qui décrit la décadence de l'empire romain, Baudelaire a, selon Jean-François Poirier, cherché à décrire les vices de son temps mais à la différence de Juvénal, non pas pour les condamnés, mais bien au contraire : en s'y identifiant.

Toujours attaché à piquer au vif un lectorat proprement apathique, blasé, touché par le tædium vitæ de l'époque, Baudelaire était même allé jusqu'à déclarer :«La preuve que le Diable existe, c'est que je le sens en moi».

Exemple parmi d'autres, sa muse, la belle mulâtresse du nom de Jeanne Duval très présente dans les «Fleurs du Mal» où elle incarne l'animalité du désir, a profondément fasciné lepoète

Or, malgré ses dires, Baudelaire n'a semble-t-il pas été démesurément sujet aux vices de son temps. Néanmoins, son recueil, trop subversif pour l'époque fut traîné en justice et condamné pour «incitation à la débauche» sur les conseils d'un procureur, qui, ironie de l'histoire, a par la suite été retrouvé assassiné, en tant que mauvais payeur d'une prostituée parisienne.

Témoins de l'angoisse du temps qui passe, et d'un désespoir radical, ses poèmes sont aussi une invitation à la jouissance : l'un de ses plus célèbres vers de son oeuvre n'est-il pas «là tout n'est qu'ordre/ luxe, calme et volupté» ?

Jean-François Poirier a, pour finir, magnifié les attaques des poèmes de Baudelaire qui selon lui sont extrêmement travaillées, quand ses chutes, a-t-il dit, sont en comparaison, écrites avec humilité.

Source: Libération (Casablanca)


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