-  Dimanche 11 Avril 2021

Sartre, Baudelaire (1947)

         La «fêlure» originelle dans la vie de Baudelaire est liée à l’expérience, faite très tôt, de la séparation : solitude, abandon, et en fin de compte, sentiment de l’absurdité de la vie. Ce tête-à-tête avec lui-même, au-dessus du gouffre, est la «situation» dans laquelle Baudelaire produit une écriture qui est aussi un chemin vers l’existence : à la fois désir d’exister et difficulté d’être.

Il en résulte, d’une part, que la poésie baudelairienne est l’expression du moi dans sa solitude la plus absolue ; et c’est dans le romantisme que Baudelaire va trouver une poésie pétrie de subjectivité, et les mots pour dire la solitude et l’exil (qu’il suffise de songer à Vigny, Lamartine, ou Hugo).

D’autre part, la poésie des Fleurs du mal dit l’horreur de l’enfantement, l’horreur de créer, l’horreur de la nature. Le lieu commun poétique de la difficulté d’écrire, revivifié par la «difficulté d’être» propre à Baudelaire, prend ainsi une signification existentielle inédite. Baudelaire rejoint ainsi la poésie parnassienne (Banville, Leconte de Lisle, etc.) dans le choix de la stérilité, de l’artifice (mais lui, vit cet artifice, par le dandysme) ; mais plus que les Parnassiens, Baudelaire a trouvé dans l’urbanisme moderne un paysage propre à exprimer la mort de la nature, et une beauté artificielle, non sans lien avec la laideur et avec l’angoisse.

Confronté à une existence faite d’angoisse et de mort (le père, très tôt disparu, fait naître, et en même temps condamne à la mort), le poète se contemple sans cesse dans le miroir d’un art de la jouissance, éloignée de toute idée de fécondité : la poésie est donc parfum, alcool, drogue, jeu, …etc.

Aux yeux des parents, réels ou symboliques (père, mère, tuteurs, juges, Dieu,…), qui font naître, jugent et condamnent, Baudelaire dit son désir de ne devoir son existence qu’à lui-même, sans rien devoir aux autres, mais en se plaçant continuellement sous leur jugement — paradoxalement.

Chez Baudelaire, les correspondances tissent dans l’écriture des réseaux de symboles abstraits, qui disent le manque, l’absence, et le vide... et le regret d'une certaine plénitude.

L’essai de Sartre est une lecture existentielle (sinon existentialiste) de la vie et de la poésie de Baudelaire. Si, comme le professait le philosophe, «l’existence précède l’essence», le sentiment d’une liberté abyssale a précédé et déterminé non seulement la vie, mais aussi l’écriture de Charles Baudelaire.

Sartre, Baudelaire, 1947.



Vous êtes prié de bien vouloir marquer vos impressions !

Nom-Prénom (*)
e-Mail
Commentaire (*)
Sec Image
Cette étape sert à éviter les inscriptions automatisées
francenepal.info Web Google

ACCUEIL | COLLECTIF | FRANCE | NEPAL | MONDE | LIVRES | ENCYCLOPÉDIE | ONG | TECHNOLOGIE | AUTRES | CONTACT |  RSS
Copyright © 2006 FRANCE NEPAL, Tous droits réservés , Email : info@nepalfrance.com