-  Mercredi 14 Avril 2021

"Les Fleurs du mal" façon Murat

 -  Bruno Lesprit

Critique
LE MONDE | 01 octobre 07

Chantre de la ruralité et des amours courtoises, Jean-Louis Murat ne fait rien comme les autres. Pour preuve, Charles et Léo, son huitième album en six ans (!), effort d'interprétation de poèmes des Fleurs du mal, de Charles Baudelaire (1821-1867), mis en musique par Léo Ferré (1916-1993) mais que l'anar monégasque n'avait pas exploités.

Qui se soucie encore des poètes d'antan ? Depuis Ferré (Baudelaire, mais aussi Rimbaud, Verlaine, Aragon) ou Ferrat (Aragon), l'exercice avait été pratiquement abandonné. Une exception : le deuxième Carla Bruni, en anglais (Yeats ou Emily Dickinson) et nullement à la hauteur de ses ambitions.

Le risque encouru quant au résultat est bien connu : s'en tenir à une illustration musicale du Lagarde et Michard. Murat, qui avait pourtant enregistré avec le concours d'Isabelle Huppert un album d'un ennui abyssal, Madame Deshoulières (poétesse du XVIIe siècle), s'en sort ici par le haut.

Charles et Léo offre même l'occasion de redécouvrir l'oeuvre de Baudelaire. Pas d'Albatros ni de Bijoux, vedettes de ces Fleurs dont on célèbre le 150e anniversaire de la première édition et que Gallimard réédite luxueusement dans un coffret accompagné du CD. Plutôt L'Héautontimorouménos ou Le Guignon. A l'origine du projet, des musiques, souvent des bribes, posées par Ferré sur les vers baudelairiens avec un piano et un dictaphone. Son fils Matthieu, responsable des éditions La Mémoire et la Mer, les a confiés à Murat qui, après trois années d'hésitation, a retenu douze poèmes.

Dans un bel écrin dû aux graphistes M/M, l'interprétation se défie de l'emphase et opte d'emblée pour la légèreté, l'éther pop. D'humeur estivale, Sépulture s'ouvre par les onomatopées d'une voix féminine (celle de Morgane Imbeaud, du duo Cocoon) posée sur les rebonds d'un clavier joué par Denis Clavaizolle.

Ce complice des premiers albums de Murat porte musicalement celui-ci de bout en bout, l'Auvergnat ayant choisi de laisser ses guitares et sa culture rock en retrait. Même si on peut voir dans l'orgue de L'Examen de minuit une allusion au Ferré accompagné par le groupe Zoo. La réussite de cette triple rencontre tient dans l'équilibre qui s'installe entre les mélodies de Ferré, le chant nonchalant et tremblé de Murat et les mots du poète, dont la force, évidemment, s'impose d'elle-même. Après la fuite du temps et le spleen, l'âme du vin (La Fontaine de sang) et la damnation, le disque se referme moins tragiquement par A une mendiante rousse, chant érotique à une beauté famélique.

Le CD est accompagné d'un DVD live mais sans public, dans une formule piano-voix, enregistré à la Coopérative de mai de Clermont-Ferrand. Les douze poèmes sont augmentés de Réversibilité, que Murat avait mis en musique dans son album Dolorès (1996) et d'une chanson de Ferré, Petite, qui par son thème (la pédophilie) vaudrait sans doute aujourd'hui à son auteur des ennuis avec la justice. Comme ce fut le cas pour Baudelaire avec Les Fleurs du mal.

Charles et Léo, de Jean-Louis Murat, Charles et Léo, 1 CD et 1 DVD Scarlett/V2 Music.
Les Fleurs du mal, de Baudelaire, 1 coffret livre-CD, introduction de Claude Pichois, 354 p. , 21 €.

Article paru dans l'édition du 02.10.07

Source: Le Monde www.lemonde.fr

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