-  Mardi 18 Février 2020
     

    Le dalaï-lama stoppe la marche de ses fidèles vers le Tibet

     -  Timothée Boutry

    Lundi 24 mars 2008 -- Le chef spirituel des Tibétains, réfugié en Inde, a mis fin à la « marche du retour » entamée par ses partisans, ce qui n'empêche pas la Chine de redoubler de violence dans ses accusations contre le Prix Nobel de la paix.

    D'ORDINAIRE, c'est un terrain poussiéreux coincé entre la grand-route et la voie ferrée, à 6 km du premier village. Mais depuis samedi soir, ce petit bout de terre abandonné est devenu un campement éminemment politique. Au sommet des sept tentes dressées en bordure d'un champ de blé, les drapeaux tibétains claquent au vent.

    A l'intérieur, les photos du dalaï-lama et du mahatma Gandhi, les deux apôtres de la non-violence, figurent en bonne place. C'est ici qu'au neuvième jour de leur « marche du retour » vers le Tibet, les 44 moines et nonnes bouddhistes engagés dans ce projet symbolique ont fait halte.

    Mais ce qui ne devait être qu'une étape vers Lhassa, la destination finale, est en passe de devenir la fin du voyage. Pressées par le gouvernement tibétain en exil et par le dalaï-lama en personne, les cinq ONG (organisations non gouvernementales) tibétaines organisatrices de l'événement ont pris la décision hier, la mort dans l'âme, d'interrompre temporairement la marche.

    La journée d'hier avait pourtant commencé comme les autres. Après une nuit fraîche rythmée par les klaxons des camions et les sirènes des trains, les marcheurs à la robe pourpre avaient gaiement englouti leur petit déjeuner, sous le regard débonnaire des policiers Punjabi en faction. Au menu : de la tsampa, une bouillie traditionnelle à base de farine, de sucre, de beurre et de thé.

    « Les droits de l'homme ne sont pas respectés »

    Mais à voir les visages attristés des moines à la sortie du briefing qui suivait leur repas, on n'avait plus aucun doute sur la nature de l'annonce : interruption de la marche pour au moins un mois. « Je suis très déçu. Au Tibet, les droits de l'homme ne sont pas respectés et on doit vraiment faire quelque chose », se désole Chemetopden, un moine de 38 ans qui, comme tous ses compagnons, aurait préféré poursuivre l'action. Exilé en Inde depuis 1993, Chemetopden se souvient qu'enfant il devait se rendre au monastère de nuit par peur de la répression des autorités chinoises.

    Initiative à la portée symbolique et politique très forte, l'organisation de cette marche n'a, en fait, jamais été simple. Forte de 102 moines déterminés, une première cohorte avait pris le départ le 10 mars de Dharamsala, le siège du gouvernement tibétain en exil. Mais, après trois jours, la police indienne mettait brutalement fin au périple. « Les moines étaient très tristes. Certains pleuraient, se souvient Lex Pelger, un Américain de 25 ans qui, avec d'autres Occidentaux, accompagne le mouvement. Ils étaient terriblement déçus de ne pas pouvoir aller au bout de leur démarche. Mais ils ont également fait preuve d'un grand courage : dans le fourgon de police, ils se sont mis à prier et à sortir le drapeau tibétain par la fenêtre. »

    Dès le lendemain de l'opération, une nouvelle expédition de quarante-quatre moines se mettait en route depuis le lieu même de l'arrestation. Mais, mercredi dernier, le dalaï-lama avait rencontré les cinq organisateurs pour leur demander de suspendre leur initiative. « Sa Sainteté considère que la marche met davantage de pression sur le gouvernement indien que sur celui de Chine, décryptait hier un organisateur. Le ministre indien des Affaires étrangères s'est également manifesté pour expliquer que la survie du gouvernement tibétain en exil à Dharamsala était en jeu. »

    « Il est trop passif »

    Devant une telle pression, les ONG ont finalement décidé de suspendre la marche et de se joindre à la grande campagne de mobilisation que le gouvernement tibétain s'apprête à lancer. « Mais attention, prévient un organisateur, si les résultats ne sont pas à la hauteur, nous reprenons la route ! » « Le dalaï-lama est trop passif. Il est trop dans la compassion », maugrée de son côté un militant des Etudiants pour un Tibet libre, une des cinq ONG organisatrices.

    De retour sous les tentes, tandis que Clay le Californien chantonne du Bob Marley avec sa guitare et rêve d'une marche des Occidentaux, les moines songent déjà à l'après. « Il ne faut pas abandonner le mouvement. On doit trouver de nouveaux moyens de protestation, assène Lekie, 20 ans. Si c'est une grève de la faim, on la suivra. » Mais le jeune homme cache mal sa déception : né en exil au Bouthan, il n'a jamais mis les pieds au Tibet. Le Tibet, c'était pourtant l'objectif de la marche.


    Source: Le Parisien - www.leparisien.fr
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