-  Lundi 26 Août 2019

Le Bhoutan, marqué par l'exemple tibétain, se démocratise

 -  Reuters

Version française Mathilde Gardin
Lundi 24 mars 2008
Lorsque le grand frère Tibet a été envahi par la Chine en 1950, les dirigeants du royaume ermite du Bhoutan, lové dans l'Himalaya, ont compris que l'isolationnisme ne payait pas et qu'il faudrait s'ouvrir lentement à certaines formes de modernité, comme les élections.

Symbole de la lente marche vers la démocratie, les Bhoutanais se rendent lundi dans les bureaux de vote à l'occasion des premières élections législatives dans l'histoire du royaume.

Enclavé entre les deux géants que sont la Chine et l'Inde, le Bhoutan s'est toujours considéré très vulnérable, a déclaré Kinley Dorji, directeur général du journal Kuensel, détenu par l'Etat.

"Notre stratégie était de nous dissimuler derrière les montagnes", a-t-il expliqué. "Cela a marché jusqu'en 1960".

A cette date, un an après le départ en exil du dalaï-lama, le troisième roi du Bhoutan, Jigme Dorji Wangchuck, décidait d'entrouvrir les portes du royaume. Peu après l'invasion de la Chine, Wangchuck avait déjà lancé un lent processus de démocratisation.

Le Bhoutan ne voulait pas rééditer les erreurs commises selon lui par le Tibet - l'isolement diplomatique et une société féodale, prétexte à une "libération" par la Chine.

La modernisation du royaume, un processus lent et étroitement contrôlé, a surtout été conduite par le fils de Wanhchuck et son petit-fils, le roi Jigme Khesar Namgyal Wangchuck, diplômé d'Oxford et couronné en 2006.

Dans une déclaration publiée ce week-end, le cinquième monarque a exhorté l'ensemble de son peuple à exercer son droit de vote lundi, à se réjouir de l'arrivée de la démocratie et à mettre la monarchie de côté.

Pour parer à la menace que constituait son voisin chinois, le grand-père de l'actuel souverain avait étroitement resserré les liens du Bhoutan avec l'Inde. L'armée indienne a ainsi participé à la construction de routes et à la défense des frontières septentrionales du royaume.

Et en 1971, le Bhoutan faisait ce que le Tibet n'avait jamais fait: rejoindre les Nations unies.

L'ÉPINEUX PROBLÈME DES MINORITÉS

Quatre ans plus tard, en 1975, le Bhoutan assiste à la destitution des rois bouddhistes du Sikkim, petit royaume voisin tombé entre les mains de l'Inde.

Les colons britanniques avaient installé au Sikkim au 19e siècle des Népalais de souche, majoritairement hindous. Ces derniers ont fini par être majoritaires dans le royaume et, peut-être soutenus par New Delhi dans les années 70, ils ont évincé la monarchie et installé la démocratie.

Le Bhoutan a alors pris conscience de l'épineux problème des minorités. Les autorités ont imposé aux Népalais de souche de porter l'habit traditionnel et ont fermé les écoles en langue népalaise, provoquant des manifestations. Plusieurs milliers d'entre eux ont été expulsés du Bhoutan et beaucoup vivent aujourd'hui dans des camps de réfugiés au Népal.

"Aujourd'hui, la démographie est perçue comme la menace qui pèse sur le Bhoutan", a expliqué Dorji. "Nous sommes un demi-million de personnes, dont les deux cinquièmes sont à nos frontières. Cette population peut disparaître".

"Cela explique que nos lois sur l'immigration et la citoyenneté soient dures et cela explique nos craintes d'être débordés par un autre groupe ethnique", a déclaré Dorji.

Le Ladakh voisin est également passé dans l'escarcelle britannique puis indienne.

Ces derniers jours, les autorités bhoutanaises ont parlé d'un "pays assiégé", reflétant la pensée de nombreux habitants.

"Nous avions des liens étroits avec le Sikkim, nous sommes très proches du Ladakh, nous avons vu ce qui s'est passé au Tibet", a déclaré un responsable, s'exprimant sous le sceau de l'anonymat.

"Cela a laissé une cicatrice profonde dans l'esprit des Bhoutanais", a-t-il dit. "Nous avons un complexe de minorité. Nous avons le sentiment de devoir être prudents".

Le Bhoutan abrite une population majoritairement bouddhiste et conservatrice, très proche des Tibétains. Quelque milliers d'entre eux ont rejoint le Bhoutan en 1959 et la plupart sont réfugiés dans le pays.

Mais le Bhoutan vit tellement replié sur lui-même que la majorité de ses habitants n'ont pas été informés de l'invasion du Tibet par la Chine il y a soixante ans, et aujourd'hui peu de Bhoutanais s'intéressent aux manifestations qui ont lieu chez leur voisin.

"C'est un endroit où les gens semblent ne pas savoir ce qui se passe", a déclaré Dorji. "Psychologiquement, nous sommes à ce point isolés".

Source: Reuters - www.reuters.fr
© FRANCE NEPAL info

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