-  Vendredi 16 Avril 2021

Avec Jaguar et Land Rover, Tata Motors entre dans le haut de gamme automobile

 -  Denis FAINSILBER

27 mars 2008  -- L'indien Tata, qui produit essentiellement des poids lourds et des petites voitures pour son marché domestique, change d'échelle en achetant à Ford ses deux marques britanniques, pour 2,3 milliards de dollars. Une vente à perte pour le constructeur américain, en plein recentrage stratégique.

Ce qui reste de l'industrie automobile des West Midlands passe officiellement sous pavillon indien. Mettant fin à un faux suspense de trois mois, Ford a officiellement annoncé hier la vente à Tata Motors de ses deux marques britanniques haut de gamme, Jaguar et Land Rover, pour 2,3 milliards de dollars (1,5 milliard d'euros). Soit moins de la moitié de ce que le constructeur américain avait déboursé, en 1989 puis en 2000, pour ces deux emblèmes (5,2 milliards de dollars en tout).

En pratique, l'industriel de Dearborn (Michigan) tirera même encore moins d'argent de cette vente groupée, puisqu'il a accepté de renflouer à hauteur de 600 millions de dollars les plans de retraite des constructeurs de Coventry et de Gaydon. Mais pour le groupe dirigé depuis un an et demi par Alan Mulally, qui a perdu plus de 15 milliards de dollars sur la période 2006-2007, le sauvetage des activités nord-américaines, fort mal en point, est à ce prix.

Symbole des champions industriels venant des pays émergents, le conglomérat indien Tata va donc rafler à peu de frais les deux marques frappées du « Royal Warrant », le sceau de Buckingham Palace. Il fait ainsi son entrée soudaine dans le gotha de l'automobile haut de gamme, lui qui ne peut pour l'instant qu'aligner sa gamme de camions frustres, sa petite automobile Indica et son projet de Nano, la « voiture la moins chère du monde », destinée en priorité au marché indien. Les puristes de la marque au félin, qui décelaient trop de similitudes entre leur Jaguar et les berlines Ford telles que la Mondeo, y trouveront-ils leur compte avec la tutelle technique de Tata ?

Pour faciliter la transition, avec un acheteur très peu expérimenté sur ce segment de marché fort exigeant, Ford continuera à fournir toute une palette de composants et de prestations à Jaguar et à Land Rover : moteurs, boîtes de vitesses, pièces de tôlerie, plates-formes, technologies de dépollution, aide à l'ingénierie et même services financiers aux concessionnaires. La durée des accords, variable selon les sujets, n'a pas été précisée. Pas plus que le devenir du passif.

La fin du pôle PAG

Président du groupe Tata Sons, Ratan Tata s'est bien gardé hier de soulever l'idée d'une délocalisation vers l'Inde. « Nous avons un grand respect pour ces deux marques et nous nous efforcerons de préserver leur héritage et leur compétitivité, tout en respectant leur identité », a-t-il affirmé. L'équipe de direction britannique, emmenée par Geoff Polites, est maintenue en place, tout comme les trois principales usines, qui emploient près de 16.000 salariés.

C'en est donc désormais fini du pôle Premier Automotive Group (PAG), que Ford avait mis sur pied pour coiffer ses diverses marques de luxe. Seul le suédois Volvo contrebalancera désormais les trois marques américaines Ford, Lincoln et Mercury, plus le japonais Mazda. Le deuxième constructeur américain devra ainsi gérer une certaine contradiction, vendant ses actifs européens au moment où il veut concevoir ses véhicules sur une base résolument mondiale.

En 2007, heureuse surprise après des années de pertes, l'entité PAG a dégagé un bénéfice avant impôt de 504 millions de dollars, contre un déficit de 344 millions un an plus tôt, pour un chiffre d'affaires de 33,3 milliards. Une amélioration essentiellement due à Land Rover, à la rentabilité requinquée par de nouveaux marchés (Russie, Chine) et des renouvellements de modèles. L'an passé, le spécialiste du « 4×4 british » dépassait pour la première fois la barre des 200.000 ventes et progressait de 16,7 % sur un segment de plus en plus encombré.

Déficitaire, Jaguar est, en revanche, beaucoup plus fragile. Ses ventes se sont écroulées de 130.000 à 60.000 voitures en l'espace de cinq ans, reculant fortement aux Etats-Unis face aux rivaux Cadillac, Lexus ou Mercedes, mais aussi en Europe, où il a pris avec beaucoup de retard le virage du moteur Diesel.

Pour sa part, Volvo Cars, longtemps le bon élève de PAG, est brusquement passé dans le rouge en 2007, avec la glissade du dollar. Cependant Ford, après un temps d'hésitation (BMW aurait regardé le dossier), n'a pas choisi de vendre ce précieux actif, préférant au contraire le redresser aussi vite que possible.

Source: Les Ecos - www.lesechos.fr

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