-  Dimanche 11 Avril 2021

Les maoïstes prennent la tête des élections au Népal

 -  Marie-France Calle

Le Figaro, envoyée spéciale à Katmandou
14 avril 2008

Le Népal poursuit sa révolution tranquille. Dimanche, selon les premiers résultats des élections étonnamment pacifiques de jeudi dernier, d'où sortira une Assemblée constituante, les maoïstes faisaient la course en tête. Preuve que les Népalais veulent le changement. Et qu'il soit radical. Cela avait échappé à la plupart des analystes. Même si nombre d'entre eux ont déjà surnommé ce scrutin le premier depuis 1999 , le «Jana Andolan II», le deuxième épisode du mouvement du peuple. Le premier s'était déroulé au printemps 2006. Au terme de ce que l'on appelle aussi «les 19 jours d'avril», le roi Gyanendra avait dû renoncer aux pouvoirs extraordinaires qu'il s'était arrogés quelques mois plus tôt. Les maoïstes étaient sortis de la clandestinité, jurant de renoncer à la violence, prêts à travailler avec l'Alliance des sept partis institutionnels (SPA). Mais le Parti du Congrès népalais gardait la haute main sur la politique du pays. Une quasi-tradition.

Deux ans et quelques accrocs dans le cessez-le-feu plus tard, voici donc les anciens rebelles en passe, non seulement de détrôner le souverain, mais de faire tomber, aussi, quelques bastions de la SPA. Le Congrès, tenu par le clan des Koirala, a déjà essuyé de sévères défaites dans plusieurs circonscriptions. Sujata Koirala, la fille de l'actuel premier ministre, Girija Prasad Koirala, âgé de 84 ans, a notamment été battue par le candidat maoïste. Quant à Madhav Kumar Népal, le secrétaire général du CPN-UML, le Parti communiste népalais marxiste-léniniste unifié, il vient de démissionner après les piètres résultats de son parti.

«Il n'y a pas eu de violence le jour du scrutin et les maoïstes ont déjà remporté une victoire, jubile Warika, un militant du CPN-M, à Kirtipur, un faubourg populaire de Katmandou. Après la révolution d'avril 2006, la tendance ne s'est jamais inversée, de plus en plus de gens ont rejoint les maoïstes. À cause de la désillusion grandissante face à l'incompétence et à la corruption des autres partis, et à cause de la décadence de la royauté.»

C'est dans la dixième circonscription de Kirtipur que s'est présenté Pushpa Kamal Dahal, alias Prachanda, le chef des maoïstes. Ployant sous les guirlandes d'œillets d'Inde et de soucis, le front oint du sindoor, la poudre vermillon signe de bénédiction, celui qui pourrait devenir le premier président du Népal est venu remercier ses électeurs. Il tient aussi à rassurer. «Le monde entier nous regarde. Je prends cela comme un défi et j'ai à cœur de le relever. Je veux préciser que nous continuerons la voie de la coopération, que nous avons empruntée en signant un accord en 12 points (avec la SPA en 2006, NDLR), a-t-il déclaré. À l'adresse de la communauté internationale, plus spécialement de l'Inde et de la Chine, je réaffirme que notre parti veut entretenir de bonnes relations avec tout le monde.»

Gouvernement de coalition


Que fera Washington, qui n'a toujours pas rayé de sa liste noire les «terroristes» népalais ? Sur le plan national, Prachanda s'est dit prêt à former un gouvernement de coalition même si les maoïstes obtiennent la majorité absolue, ce qui n'est pas encore avéré.

Dans les rues en pente de Kirtipur, les femmes continuent de battre et de tordre le linge dans leurs bassines en plastique posées à même le sol, près de la rigole où coule un filet d'eau. «Ici, Prachanda ne pouvait pas perdre, explique Warika. C'est un bastion de l'extrême gauche, et, depuis toujours, un fief antimonarchique.» Il y a bien longtemps, les ancêtres du roi Gyanendra ont voulu conquérir ce quartier, alors indépendant, situé sur les collines qui bordent Katmandou. La résistance a été vive, la riposte sanglante. En représailles à la rébellion, les soldats du roi ont coupé le nez et les oreilles des porteurs de dokos, ces paniers d'osier que les Népalais s'arriment sur le front à l'aide d'une sangle, et où ils continuent de transporter les denrées les plus lourdes. Ça ne s'oublie pas.

Source: © Le Figaro - www.lefigaro.fr
© FRANCE NEPAL info

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