-  Dimanche 11 Avril 2021

Raz-de-marée maoïste aux élections

 -  Courrier international

Les premiers résultats du scrutin du 10 avril dernier ne laissent pas de place au doute : les anciens insurgés formeront le prochain gouvernement. Retour sur une victoire inattendue.
   
A l'issue des législatives du 10 avril dernier, la plupart des observateurs pensaient que les anciens rebelles maoïstes allaient terminer troisièmes, loin derrière le Parti du Congrès népalais et le Parti communiste marxiste-léniniste, avec seulement 15 ou 20 sièges sur 601 à l'Assemblée constituante. D'autres pensaient qu'ils allaient faire mieux et leur accordaient dans les 30 à 40 sièges. En réalité, les premiers résultats provisoires indiquent un raz-de-marée mao. Rares sont ceux qui avaient perçu le désir désespéré de changement dans la population, le soutien dont les anciens rebelles jouissaient auprès des jeunes et des exclus. Et peu de gens évoquaient la possibilité qu'ils arrivent en deuxième et moins encore en première position.

Pour être juste, les maoïstes eux-mêmes ont été pris par surprise. Pourquoi nous sommes-nous tous trompés à ce point ? Pour commencer, cela faisait neuf ans qu'il n'y avait pas eu d'élection, il n'existait pas de réflexes de vote facilement identifiable et il était difficile de comprendre un pays qui a complètement changé au cours des dix ou quinze dernières années [avec l'insurrection maoïste lancée en 1996]. Une rébellion armée, un changement de génération, une gauche compliquée, la conscience ethnique et les changements des aspirations ont compliqué les prévisions. Quoi qu'il en soit, les faiseurs d'opinion de Katmandou sont restés repliés sur eux-mêmes et déconnectés de la réalité du reste du pays. En fait, ces résultats nous obligent à réexaminer certaines de nos certitudes et à revoir notre perception des changements politiques de la décennie écoulée.

Comment les maoïstes ont-ils réussi à défier toutes les prévisions ? Il y a eu de l'intimidation et de la violence avant les élections, et un certain de degré de fraude lors du scrutin. Mais cela n'explique pas tout. Les anciens insurgés ont dirigé un Etat parallèle pendant dix ans : ils ont la meilleure organisation, et leurs militants, très engagés, ont travaillé dur. Hisila Yami, qui siège à la direction du parti maoïste, nous déclarait trois jours avant le scrutin : "Nous avons des gens partout. Il y a un réseau invisible qui est actif en ce moment." Et ce réseau invisible et bien huilé a travaillé pendant la campagne. Les ex-rebelles ont su capitaliser sur le soutien des exclus et des mécontents avides de changement. La façon dont ils vont canaliser ce soutien et tenir leurs promesses déterminera maintenant la vie politique du Népal. Le vote s'est aussi fait contre le pouvoir et les partis en place. La dynastie Koirala [grande famille du Parti du Congrès, dont est issu le Premier ministre sortant] a subi un revers qu'on peut qualifier d'historique.

Le voisin indien est paniqué. Après l'enthousiasme provoqué par le succès des élections du 10 avril, New Delhi a sombré dans la déprime dès le lendemain. Complètement décontenancés, les diplomates sont dans tous leurs états. Ils doivent répondre à des questions difficiles de la part de leur gouvernement – comment ont-ils pu se tromper à ce point ? – et se creuser la cervelle pour déterminer la marche à suivre à l'avenir. Certains risquent même d'être tentés de détourner le résultat des élections et de se livrer à des manipulations machiavéliques pour exclure les maos du pouvoir. D'autres, en revanche, connaissent les risques que l'on court à se liguer contre les anciens rebelles. Ils préféreraient voir comment vont tourner les choses et pensent qu'il existe suffisamment de facteurs équilibrants pour les empêcher d'appliquer leur programme précipitamment et de façon trop radicale.

D'ailleurs, pour le moment, les anciens insurgés ont accueilli leur victoire de façon sobre et responsable. Les cadres n'ont pas cédé à l'euphorie. Quant à la direction, elle a affiché sa volonté de tendre la main à tout le monde et reconnu entre autres le rôle positif du Premier ministre sortant, Girija Prasad Koirala, dans le processus de paix. Baburam Bhattarai, qui sera peut-être candidat au poste de chef du gouvernement, a même déclaré que les décisions seraient prises en consultation avec toutes les autres formations politiques. Aujourd'hui, nul ne peut mettre en question la légitimité populaire des maoïstes. Leur responsabilité s'en trouve considérablement accrue. Ils devront gouverner au sein du cadre national sans violence, respecter les libertés démocratiques fondamentales et reconnaître les réalités régionales et mondiales. La voie vers un nouveau Népal est ouverte.

Insurrection

En 1996, le parti maoïste lance un mouvement de guérilla contre la monarchie et pour une république populaire. Début 2006, dix ans après le début de l'insurrection, une vague de mécontentement s'élève contre le roi Gyanendra, qui s'était octroyé les pleins pouvoirs l'année précédente. Les maos s'allient alors aux autres partis politiques classiques pour former un grand groupe d'opposition. En avril 2006, le roi rétablit le système parlementaire, qu'il avait suspendu, et la rébellion décrète la trêve. Après des pourparlers de paix, les maos entrent fin 2006 dans le gouvernement provisoire. Ils le quittent en septembre dernier, car ils insistent sur l'abolition de la monarchie. En décembre, le Parlement donne son accord pour le changement de régime et les maos reviennent au gouvernement. La guérilla a fait 13 000 morts en moins de douze ans.

Source:  © Courrier international - www.courrierinternational.com
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