-  Mardi 04 Août 2020

L'Everest, au sommet des passions nationales selon le professeur Michel Raspaud

2 mai 2008
Michel Raspaud, professeur à l'Université Joseph Fourier de Grenoble et auteur de "L'aventure Himalayenne", souligne que l'Everest a été marqué par le colonialisme et le nationalisme, le passage de la flamme olympique étant un des derniers avatars de cette histoire.

Q: Chomolungma, pour les Tibétains, Zhumulangma pour les Chinois, Sagarmatha, pour les Népalais, Everest, pour les Occidentaux, de quelle manière le plus haut sommet de l'Himalaya a-t-il été marqué par le colonialisme et le nationalisme?

R: Une première forme de marquage du plus haut sommet de l'Himalaya par le colonialisme consiste en sa dénomination: Everest, du nom du directeur du service topographique (Survey of India), le Britannique George Everest. Le colonialisme s'est aussi exprimé par le fait de vouloir réaliser l'ascension des montagnes, une attitude typiquement occidentale d'emprise sur la planète. Jamais, auparavant, les autochtones ne l'auraient envisagé, les montagnes étant considérées comme sacrées. Entre les deux guerres, l'Everest était perçu comme une montagne "britannique" par les acteurs de l'alpinisme. Mais ce nationalisme s'est exprimé aussi localement. Dans les années 1960, l'Everest fut un enjeu de conquête entre la Chine et l'Inde, chaque pays voulant être le premier du continent asiatique à atteindre le sommet.

Q: Comment ont évolué les expéditions dans l'Himalaya en général et sur l'Everest en particulier?


R: Les expéditions ont d'abord eu, jusque dans les années 60, un caractère national et "lourd": nombreux alpinistes, porteurs et sherpas, plusieurs tonnes de matériels, utilisation de bouteilles d'oxygène... Les modalités ont évolué à partir de la décennie 1970. Les montagnes deviennent un enjeu touristique pour le Népal, surtout, et le Pakistan. Une révolution va aussi se mettre en place, qui prendra un double aspect: d'abord en ce qui concerne les performances, avec une technique alpine (pas de camps d'altitude pré-équipés, pas de porteurs sherpas d'altitude, pas de bouteilles d'oxygène, ascension en aller-retour depuis le camp de base en trois ou quatre jours, donc dans le minimum de temps). Puis avec l'organisation des expéditions à caractère commercial. Pour environ 50.000 à 60.000 dollars, un alpiniste peut obtenir une place dans une expédition commerciale sur l'Everest. A la fin de 2007, il avait été gravi plus de 3.600 fois, avec une considérable augmentation du nombre des ascensions à partir des années 1990, due fait de la concurrence entre la Chine et le Népal.

Q: Les événements au Tibet ont renforcé certaines critiques en Occident sur la volonté des Chinois de faire passer la flamme sur l'Everest. Quel est l'enjeu symbolique de cette escalade?

R: La flamme olympique devient un enjeu parce qu'elle est le symbole de valeurs universelles de l'Olympisme, même si l'on peut douter de leur réalité effective au sein du grand spectacle mercantile que constitue la machinerie olympique. Les contestations apparaissent comme une forme d'ultime symbole pour empêcher que le Tibet ne devienne définitivement chinois, c'est pour cette raison que l'on assiste à une escalade et à un raidissement des positions entre Etats occidentaux et autorités chinoises: si la flamme olympique "chinoise" passe par la voie tibétaine pour atteindre le sommet de l'Everest, il est évident que pour tous les Tibétains, Chomolungma ne sera plus Chomolungma...

Devendra Man Singh AFP/Archives ¦ Deux alpinistes sur le point de planter le drapeau népalais sur l'Everest en 2001
 
© 2008 AFP

20Minutes.fr avec AFP, éditions du 02/05/2008



Vous êtes prié de bien vouloir marquer vos impressions !

Nom-Prénom (*)
e-Mail
Commentaire (*)
Sec Image
Cette étape sert à éviter les inscriptions automatisées
francenepal.info Web Google

ACCUEIL | COLLECTIF | FRANCE | NEPAL | MONDE | LIVRES | ENCYCLOPÉDIE | ONG | TECHNOLOGIE | AUTRES | CONTACT |  RSS
Copyright © 2006 FRANCE NEPAL, Tous droits réservés , Email : info@nepalfrance.com