-  Mercredi 20 November 2019

Un escargot à l'assaut du Manaslu

 -  Patriarca Liane

Il est guide de haute montagne à Chamonix. Un guide très «paternant», dit-il, dans l'empathie avec ses clients. Mais pour l'expédition qui partira lundi de Katmandou à l'assaut des glaciers et des pentes du huitième plus haut sommet du monde, le Manaslu (8163 mètres), au Népal, François Damilano va devoir réfréner ses réflexes, inventer une autre relation avec les clients -huit hommes de 27 à 61 ans- engagés dans l'aventure.

Caméra en main, le guide se veut cette fois «témoin privilégié». «Je ne ferai pas un film sur la performance, précise ce spécialiste des grandes escalades glaciaires, auteur de nombreuses premières, dans les Alpes au Népal ou au Canada. Je veux montrer le quotidien des clients, la trivialité de la réalité: aller pisser dans une bouteille, se laver, manger sous la tente… Il existe plein de films d'aventures en montagne, mais peu racontent pourquoi et comment on fait une expé», souligne-t-il.

Le film témoignera aussi de la singularité de cette expédition menée par Paulo Grobel, guide à la Grave, himalayiste passionné. L'ascension se fera en effet suivant la «progression» douce, une méthode que tous deux expérimentent ensemble comme guides depuis plusieurs années et que François Damilano a expliquée dans un bref documentaire «La stratégie de l’escargot».

Issue d'une réflexion critique sur l’accompagnement des clients en Himalaya tel qu'il est pratiqué depuis les premières expéditions commerciales des années 70, cette méthode conjugue une progression continue avec une acclimatation douce, l’objectif étant de réduire les traumatismes dus à la très haute altitude. A cet effet, l’ascension se fait par petits paliers, depuis le camp de base, et en autonomie complète depuis celui-ci. La différence d’altitude entre deux nuits ne devant pas dépasser les 300 mètres de dénivelé pour une acclimatation optimale, le nombre de camps d'altitude est multiplié par deux. Plutôt que d’incursions brèves avec redescente au camp de base, comme c’est l’habitude en Himalaya pour les expéditions commerciales, il s'agit donc d'un voyage en altitude, lent et calme, pour restreindre la souffrance et tenter de cultiver le plaisir. « Nous resterons quinze jours en haute altitude entre 5000 et 8200 mètres », précise François Damilano. A l’écart des circuits touristiques traditionnels, un peu oublié, le Manaslu devrait bien se prêter à l’expérience. «Avec mon film, je veux aussi témoigner de cette réflexion sur l'accompagnement en haute altitude, qui exige une implication plus grande des clients et des guides.»

La progression douce, avec ses étapes courtes, garantit aux participants beaucoup de temps pour se reposer, laisser l’organisme récupérer et s’habituer à l’altitude. Mais aussi pour parler sous la tente. «Cela laisse le champ libre aux échanges, à l'introspection«, poursuit François Damilano. Idéal pour tenter de répondre, en images, à la question qui le taraude depuis plusieurs années: «qu’est-ce qui pousse des alpinistes qui ne sont pas des professionnels à dépenser autant d’argent et à consacrer autant de temps –six semaines pour le Manaslu– pour aller se geler les couilles à huit mille mètres d’altitude?

«Ce qui m’intéresse ce sont les ressorts internes - intimes et sociaux- qui animent ces amateurs éclairés, dont la montagne n’est pas le métier, mais qui ont tous déjà une expérience de la haute altitude et des expéditions. Que viennent-ils chercher  dans un milieu où il faut concentrer toute son énergie pour survivre?» Une investigation qu’il a déjà entamée durant les deux week-ends de préparation de l’expédition, organisés par Paulo Grobel, en interrogeant les participants sur le sens qu’ils donnaient à la quête de leur premier « huit mille ». Avec des réponses à la fois banales et logiques, un peu standard: «volonté de se dépasser, cheminement, exploration de soi».  «Il y a aussi une symbolique de l’altitude, rappelle François Damilano. Qu’on le veuille ou non, dans la culture alpine, il y a l’ascension du Mont-Blanc, puis les premières expéditions, puis on tente un sommet de plus de 7000, enfin on cherche à devenir huit milliste… » Mais au-delà des motivations affichées, le guide espère traquer des sentiments qu’on a parfois du mal à exprimer, ou qui ne se révèlent qu’au fur et à mesure qu’on s’élève vers le sommet, en se dégageant de la gangue de la vie quotidienne, professionnelle, sociale, affective…

Et lui, François Damilano, que poursuit-il, avec cette caméra dont il ne cache pas qu’elle l’impressionne? «Je vais devoir l’apprivoiser, reconnaît-il, et adopter un matériel qui, au total, rajoutera environ six kilos à son sac à dos !  Il espère qu’elle « sera une petite mémoire de ce qui disparaît habituellement emporté par les grands vents d'altitude» mais reconnaît, avec la lucidité qui le caractérise, que son «film est aussi un excellent alibi social et professionnel pour aller faire encore un 8000».
Sur cette montagne dont le nom en sanscrit, «Manasa», peut se traduire par «montagne de l'esprit» ou «refuge de l'âme», François Damilano, alpiniste émérite, guide ardemment curieux, va aussi interroger l'état de sa passion pour les sommets et son métier de guide.

Pour suivre cette expédition originale et le making of du film qui en témoignera, retrouvez sur le site voyages, la carte postale hebdomadaire de François Damilano., envoyée par téléphone satellitaire.


Source: Libération - http://voyages.liberation.fr


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