-  Vendredi 16 Avril 2021

Vers une nouvelle coalition gouvernementale

 -  Julie Lerat

5 mai 2009 - Des manifestations se poursuivent dans les rues de Katmandou après la démission, lundi, du Premier ministre et leader des maoïstes, Prachanda. Un nouveau gouvernement doit être formé d’ici cinq jours. Après avoir gouverné le pays pendant huit mois, les maoïstes entrent dans l’opposition.

La crise couvait depuis deux semaines déjà. D’un côté, le gouvernement maoïste, arrivé au pouvoir en août 2008 après une victoire électorale écrasante et dix années de lutte armée. De l’autre, l’armée - qui fut un pilier de la monarchie déchue - avec, à ses côtés, l’opposition nationaliste. Les deux camps se sont affrontés pendant dix ans dans un conflit sanglant, qui a coûté la vie à près de 13 000 personnes, avant qu’un accord de paix ne soit conclu en 2006, et une République instaurée deux ans plus tard.

Les tensions se sont cristallisées ces derniers temps autour de l’un des points cruciaux de l’accord de paix de 2006 : la « réinsertion » de quelque 19 000 anciens combattants maoïstes au sein de l’armée népalaise. Ces hommes sont, depuis plusieurs mois, parqués dans un camp placé sous l’égide de l’ONU. Selon les maoïstes, l’armée ne fait pas le nécessaire pour intégrer ces anciens combattants et ne respecte pas l’accord de 2006. Le Premier ministre Prachanda décide donc de limoger le chef d’état-major, le général Rookmangud Katawal.

Les maoïstes se posent en « victimes »

Mais le président népalais, issu du principal parti d’opposition, demande au chef d’état-major de rester en poste : comme beaucoup, il redoute une mainmise des maoïstes sur le pouvoir militaire. « Ce qui s’est passé, explique le professeur de sciences politiques, Krishna Achetou, de l’Université de Tribuvan à Katmandou, c’est que les maoïstes voulaient intégrer tous leurs anciens combattants dans l’armée nationale afin de reprendre en main l’institution militaire, afin de la contrôler. Tous les partis politiques en dehors des maoïstes s’y sont opposés, refusant de voir le Premier ministre étendre son influence dans l’armée, et dans l’appareil d’Etat ».  

Contredit par le président, le Premier ministre maoïste Prachanda annonce sa démission, et dénonce une « attaque » contre la « jeune démocratie » népalaise et le « processus de paix ». En démissionnant de son poste de Premier ministre, Prachanda, « le féroce », se « place dans le rôle de victime », explique le Kathmandu Post, tandis que le Nepali Times salue « l’agilité politique des maoïstes ». En démissionnant, les maoïstes ont en effet évité de se retrouver seuls au pouvoir, privés de leurs alliés communistes qui venaient de quitter la coalition gouvernementale parce qu’ils n’approuvaient pas le limogeage du chef d’état-major. Plutôt que de gouverner en minorité, les maoïstes préfèrent se retirer et ne pas écorner leur image.

Retour d’une ancienne coalition

« Les maoïstes ne sont pas affaiblis au Népal, explique Gérard Toffin, spécialiste du Népal au CNRS. Ils n’ont le pouvoir que depuis un an, ils ont encore un capital de confiance énorme auprès des Népalais. Ils n’ont pas eu le pouvoir assez longtemps pour que leur image soit affaiblie. Et on peut penser qu’ils ne sont pas du tout sortis du jeu politique, loin de là. Beaucoup de Népalais penseront qu’ils ont chuté parce qu’on les empêchait de faire un Népal nouveau, auquel beaucoup de Népalais aspirent ».

Or, face au vide laissé par les maoïstes, c’est une vieille coalition qui revient au pouvoir, celle qui avait gouverné sans grand succès au cours de la décennie écoulée : une alliance entre le Parti communiste népalais et le Parti népalais du Congrès, de Girija Prasad Koirala. Un gouvernement doit être formé dans les prochains jours. Mais le pays risque de retomber dans l’instabilité : si la plupart des observateurs excluent que les maoïstes puissent reprendre les armes, leur capacité de nuisance et de déstabilisation n’est pas négligeable. Comme en témoignent les manifestations qui ont rassemblé des milliers de personnes dans les rues de Katmandou après la démission de Prachanda. Les maoïstes ont d’ailleurs prévenu qu’ils ne laisseraient pas le Parlement fonctionner normalement tant que le président népalais n’aurait pas présenté des excuses pour s’être opposé au pouvoir du Premier ministre.

Source: RFI  -  www.rfi.fr


 


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