-  Mercredi 22 November 2017

Au Népal, la paix en danger

 -  Françoise Chipaux

Un an après les élections qui ont mis fin à dix ans d'un conflit meurtrier au Népal et amené l'abolition de la monarchie, la paix est de nouveau en danger. Le refus du chef de l'armée, le général Rookmangud Katawal, d'accepter sa mise à l'écart décidé par le Premier ministre Pushpa Kamal Dahal dit Prachanda a ouvert une grave crise politique.

Ce dernier a alors démissionné de son poste pour protester contre le soutien apporté au général Katawal par le président de la République Ram Baran Yadav et a mis fin à la fragile coalition qui gouvernait le pays depuis les élections.

L'affrontement entre Katawal et Prachanda couvait depuis longtemps: le responsable militaire refusait en pratique une des clauses de l'accord de paix, l'intégration des combattants maoïstes dans l'armée. Ceux-ci au nombre d'environ 19.000 moisissent depuis près de deux ans dans des conditions précaires dans des camps sous contrôle de l'ONU.

La crise illustre le malaise qui existe dans une large partie de la société népalaise depuis la victoire électorale des maoïstes qui entre 1996 et 2006 ont mené une insurrection meurtrière pour obtenir l'abolition de la monarchie dans ce qui était le seul royaume hindou de la planète. Elle témoigne aussi de la difficulté pour les maoïstes de pratiquer le jeu démocratique. Parti le plus important par le nombre de sièges au Parlement, les maoïstes n'ont pas la majorité pour gouverner et le président de la République appartient au deuxième parti le plus important, le parti du Congrès népalais, qui siège dans l'opposition.

En prenant seul la décision du renvoi du chef de l'armée contre l'avis de ses alliés du parti communiste uni (marxiste-léniniste), de l'opposition et aussi du puissant voisin indien, Prachanda a pris le risque de la crise. Mais vis à vis de ses cadres qui s'impatientent du peu de résultats de la présence de leur parti au pouvoir, il ne pouvait pas continuer d'apparaître impuissant face à un chef de l'armée considéré comme proche de la monarchie et qui dans le passé s'était prononcé très violemment contre la démocratie. Il est clair comme l'écrit l'analyste C.K. Lal que «l'armée accepte mal de se soumettre au contrôle civil des maoïstes» qu'elle a combattue les dernières années de la guérilla.

Les maoïstes n'ont de plus rien fait pour convaincre les nombreux sceptiques que leur conversion à la démocratie et donc au partage du pouvoir était réelle. La récente diffusion d'une cassette vidéo dans laquelle, peu avant les élections, Prachanda admettait devant ses commandants avoir trompé l'ONU en exagérant le nombre de ses troupes et confirmait la poursuite de «la révolution» n'a rien fait pour apaiser les doutes.

Chacun est convaincu que — au moment où le Népal élabore avec beaucoup de difficultés une nouvelle constitution et que la question de la réintégration des combattants maoïstes n'est pas résolue et que la crise économique est profonde — la présence des maoïstes au gouvernement est préférable. La constitution d'un gouvernement d'unité nationale rassemblant les principaux partis politiques —  contribué à faire reculer l'ex-roi Gyanendra et ouvert la voie aux élections — se heurte toutefois aux exigences des maoïstes qui veulent pour y participer obtenir «les excuses» du président et bien sûr le renvoi du général Katawal.

La crise est suivie de très près à New Delhi qui s'inquiète depuis plusieurs mois des ouvertures faites à la Chine par le nouveau gouvernement. L'Inde qui a sur son territoire un grave problème avec les maoïstes qui multiplient les opérations meurtrières contre les forces de sécurité n'a jamais caché ses réticences vis à vis des maoïstes népalais. Pour l'instant, la seule note positive de la situation est que nul n'envisage un retour aux armes et les manifestations organisées par les maoïstes — petites et pacifiques — semblent indiquer qu'à ce stade ceux-ci se placent toujours dans le cadre du processus de paix.

Françoise Chipaux

Source: Slate - www.slate.fr
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2009-11-08
Bonjour !

pourquoi ny a til pas de date de publication sur ces articles ?

Merci

sD
Sophie Discors

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