-  Mercredi 20 November 2019

Tomaz Humar, alpiniste slovène

 -  Charlie Buffet

Nécrologie
Le Monde, 17 novembre 2009
Il était une force de la nature. L'alpiniste slovène Tomaz Humar, d'une vitalité exubérante, était fier de sa force de grimpeur de haut niveau. Ceux qui l'ont rencontré ont expérimenté sa poignée de main légendaire, un étau qui vous broyait les articulations et vous agenouillait à moitié. Tout comme ses exploits, qui semblaient faits pour laisser ses pairs un genou en terre, et y parvenaient souvent.

Tomaz Humar faisait part de son attrait étrange pour les hautes montagnes où il allait régulièrement se mettre en danger, souvent en solitaire. "One way ticket", disait-il dans son anglais caillouteux. Dans les grandes parois, il jouait un jeu de hasard, toujours à la limite. Sa seule voie passait par le sommet, sans demi-tour possible. Dans la notice autobiographique de son site Web, on peut lire qu'il n'y avait pas de repos pour Tomaz dans les vallées, et qu'il grimpait parce que "les montagnes sont le seul endroit où il se sente proche de lui".

Il croyait à son étoile, et à des voix mystérieuses qui l'appelaient vers l'Himalaya, évoquait l'existence d'un "troisième oeil", des liens intenses avec "ses" parois. "Je peux attendre des années avant de me décider à partir vers une montagne : il faut qu'elle m'invite", disait-il en 1999. Une fois sur la montagne, il lui confiait sa vie, seul pour des jours ou des semaines.

Le Langtang Lirung, un sommet de 7 227 mètres au nord de Katmandou, l'a appelé, il n'en est pas revenu. Aller simple. Son corps sans vie a été hélitreuillé, samedi 14 novembre, par un équipage venu de Zermatt, en Suisse.

Tomaz Humar était un homme de coups fumants et de premières, une gloire nationale dans son pays, la Slovénie. Des foules enthousiastes pouvaient venir l'attendre, après une ascension réussie, à l'aéroport de Ljubljana, la ville où il était né le 18 février 1969. Sa couveuse avait été les clubs d'alpinisme du bloc de l'Est ; il y avait connu une progression strictement encadrée avant de s'en affranchir au moment où le système entier partait en miettes. "Quand j'ai eu fini de liquider toutes les courses autorisées, avait-il raconté au magazine Vertical, je me suis lancé dans des trucs de plus en plus durs. Peu de types avaient envie de me suivre, alors je partais souvent seul. En voyant ça, les responsables de mon club ont pris peur. Ils avaient vraiment la trouille que je me tue. Je dois reconnaître aujourd'hui qu'ils n'avaient pas tort..."

Il frappe son premier coup himalayen sur le sommet de son dernier succès, l'Annapurna. Il est seul à 7 500 mètres, la tempête arrive, ses compagnons font demi-tour. Tomaz Humar débranche sa radio pour ne pas entendre l'ordre de faire demi-tour et continue seul jusqu'au sommet.

Quatre ans plus tard, des milliers de personnes l'attendaient au retour du Dhaulagiri (8 167 mètres). Il avait passé sept jours seul dans l'immense paroi sud. Au sixième bivouac, il s'était "opéré" lui-même d'un abcès dentaire avec son couteau suisse. Le 1er novembre 1999, 2 millions d'internautes (selon lui) suivaient son arrivée en quasi-direct sur son site, où des photos au téléobjectif étaient diffusées depuis le début de l'ascension. Au retour, il racontait : "La descente aurait été impossible. Si quelque chose était arrivé, j'étais sûr de mourir."

Bloqué six jours à 5 900 mètres

L'année suivante, il avait eu un grave accident presque trivial pour un homme de cette trempe. Il avait fait une chute alors qu'il réparait le toit de sa maison. Grièvement blessé aux deux jambes, il était resté plusieurs mois à l'hôpital et était passé dix fois sur la table d'opération. On lui prédisait un avenir en chaise roulante, il reprit en boitant le chemin des montagnes. Pour lui, grimper était devenu plus facile que marcher.

En 2005, Tomaz Humar s'était engagé, seul encore, dans l'immense versant Rupal du Nangat Parbat, au Pakistan. Le mauvais temps l'avait surpris et bloqué au premier tiers de l'ascension. Il était resté coincé six jours, prisonnier de pentes avalancheuses, avant qu'un hélicoptère de l'armée pakistanaise ne l'arrache épuisé à la paroi. In extremis. Ce sauvetage à 5 900 mètres d'altitude est resté le plus haut hélitreuillage jamais réussi. Tomaz Humar savait que, cette fois-là, il l'avait échappé belle. Depuis, il fêtait sur son blog les anniversaires de cette "deuxième naissance".

En 2007, il s'était laissé appeler de nouveau par l'Annapurna. Nouveau succès solitaire. Critiqué dans le milieu alpin pour son goût de la publicité, il voulait prendre une revanche. Son prochain succès, il le mènerait toujours en solitaire, mais sans aucun relais médiatique.

Il était arrivé, le 5 octobre, au pied du Langtang Lirung et presque personne n'avait plus entendu parler de lui. Le 9 novembre, dans la soirée, il a lancé par téléphone satellite un SOS à un ami, en Slovénie. Il était tombé, s'était fracturé les jambes, des côtes et peut-être la colonne vertébrale. Il a donné très peu de détails. Le lendemain, à 10 heures du matin, il a appelé une dernière fois, par radio, Jagat, le cuisinier qui l'attendait au camp de base. La liaison a été très courte. "Son état était visiblement très critique, a raconté Dawa Sherpa, de l'agence Asian Trekking. Sa voix était très faible. Il a dit : "Jagat, this is my last..."" Il n'y a pas eu ensuite d'autre contact radio. Son ami l'alpiniste Viki Groselj pense que Tomaz Humar est mort ce jour-là.

Ce même mardi 10 novembre, Asian Trekking a héliporté au camp de base un groupe de quatre sherpas qui ont aussitôt commencé l'ascension de la face. Le lendemain, ils sont arrivés à 6 300 mètres d'altitude sur le lieu supposé de l'accident, après avoir posé 900 mètres de cordes fixes. Ils n'ont pas réussi à localiser l'alpiniste, la météo s'est dégradée et ils se sont repliés sur le camp de base à cause de chutes de neige et du risque d'avalanche.

Le 12, une seconde équipe de secours est arrivée de Suisse, avec un pilote et deux as du secours en montagne. L'opération était coordonnée depuis Zermatt. Le samedi 14 novembre, cinq jours après le SOS de Tomaz Humar, l'hélicoptère des sauveteurs suisses, où des proches de l'alpiniste avaient pris place, a survolé la paroi et localisé le corps à 5 600 mètres d'altitude.

Ce n'est pas la première fois qu'on essaie de monter une expédition de secours en Himalaya - comme si notre époque ne parvenait pas à laisser des hommes s'aventurer toujours plus loin, là où il n'y a pas de secours possible : en décembre 2004, un hélicoptère avait survolé le Makalu pour essayer de repérer Jean-Christophe Lafaille, ou son corps. Ce n'est pas la première fois que ces efforts se sont révélés vains : Lafaille aussi est mort, comme tant d'autres himalayistes, solitaires ou pas.


Dates clés

18 février 1969
Naissance à Ljubljana.

Octobre 1999
Sept jours de solitude avant de vaincre le Dhaulagiri (8 167 mètres), au Népal.

2000
Se blesse grièvement en tombant d'un toit.

2005
Sauvé in extremis du Nangat Parbat, au Pakistan.

5 octobre 2009
Commence l'ascension du Langtang Lirung, au nord de Katmandou.

10 novembre 2009
Jour probable de sa mort.


- Charlie Buffet
Le Monde
Article paru dans l'édition du 18.11.09

Source: © Le Monde -  www.lemonde.fr
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2010-03-06
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inetryconydot
2010-05-17
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