-  Mercredi 20 November 2019

Fabien Brusson concède tout à « son » Himalaya, lui tournant autour et l’immortalisant

 -  Michel Poiriault

  
Des étoiles perpétuellement plein les yeux, le coureur à pied-cadreur-producteur-réalisateur de documentaires s’en revient d’une contrée d’Asie qu’il affectionne par-dessus tout : le Népal. Conjuguant à l’envi sensations fortes, sport et nature, l’homme a succombé au charme il y a déjà un certain temps de l’ultra-nature, cette discipline exigeante qui flirte avec la limite supérieure de l’endurance. Pourquoi, comment ?

Dix ans à côtoyer l’extrême afin de grandir

Rien ne prédestinait Fabien à cette quête permanente de lui-même en des endroits où le terme confort n’a aucun sens. Des saisons de volley-ball au niveau national, dix années de compétitions nationales et internationales en bare-foot (du ski nautique pieds nus) auront finalement émoussé son capital enthousiasme. A l’âge de 30 ans il brouille les cartes et bat le jeu, se lançant à la recherche d’une nouvelle activité. C’est le raid aventure qui sortira vainqueur de ses investigations, entrepris avec des copains de Chalon et Tournus. Puis il poursuivra en solo. Mais courir pour courir plus ou moins en rond sur une piste, de l’asphalte, ne constituait pas une fin en soi. Alors son premier saut dans l’inconnu sera la Diagonale des Fous à La Réunion en 2001. Un exercice réitéré en 2002, avec cette fois l’Ultra du Verdon, façon de se conditionner au Marathon des sables de 2003. Le nec plus ultra aura pour nom Annapurna en 2004, avec de la bonne grosse distance et du dénivelé à donner le tournis. »J’ai découvert, et surtout trouvé le pays qui me va bien, le Népal principalement, avec l’ambiance des « Chevaliers du vent » (« statut » obtenu après avoir vécu de l’intérieur quatre épreuves par étapes là-bas, de 250 à 1000 km, d’une durée de huit à trente jours, en étant soit parrainé, soit en se prévalant d’un CV important N.D.L.R.). A chaque fois il y a des courses solidaires. » Dès lors quitte-t-il son port d’attache de Jugy (à mi-chemin entre Sennecey-le-Grand et Tournus) à raison de trois ou quatre mois par an pour prendre part à toutes les courses et expéditions. Mais quels sont les aiguillons qui poussent d’aucuns à larguer les amarres et à se dépasser ? « Pour certains c’est un projet de vie, consécutivement à un problème sentimental, pour fêter une fin de carrière…ils s’y préparent, c’est un budget important. C’est l’apothéose d’une carrière de trail en montagne. Ce sont les seules courses engagées en autonomie ou semi-autonomie dans l’Himalaya. Ou tenir pendant huit à trente jours avec le contenu de son sac, et partager avec la population locale. »

Prendre et rendre, le juste équilibre

Mais si la chaîne de montagnes forme un champ d’expérimentation sans égal, il n’est pas question pour autant de venir y prélever ce que bon lui semble sans contrepartie. Sous la bannière de son association « Extrême Runners 71 ». « On est vraiment intégré. Nous sommes perçus comme une association qui vient courir et participer à la vie locale. C’est important pour eux, ce sont nous qui payons les coureurs népalais ; en un mois ils gagnent pratiquement un an de salaire. Quand on paye un porteur, il fait vivre cinquante personnes derrière. Nous menons aussi des actions, délivrons des fournitures scolaires, etc. Si je n’y vais pas deux fois par an ça me manque. On va se vider de toute la pression qu’on a en France, en partant plusieurs mois on relativise. Mais je suis très content de rentrer au pays. Il faut accepter d’être mal hébergé, sans hygiène, avec une nourriture différente de la nôtre. Je suis très content de faire partager ça. Quand on va au Népal une fois, c’est très rare de ne pas y retourner. Il n’y a pas de conflit, on est toujours bien reçu, c’est serein. Il n’y a pas de problèmes quand on va là-bas. Au Népal, avec les huit sommets à plus de 8000 m, on se sent tout petit. » Fabien s’en remet à l’existant pour créer les conditions d’une pratique optimale. « On fait toutes les inscriptions en France, mais sur place une agence de trek traite toute la logistique. Au bout de dix-quinze ans on arrive à avoir un petit carnet d’adresses qui nous évite d’être pris au dépourvu. »

Après les efforts de novembre au Népal, le réconfort en Bulgarie

Sa dernière course, « L’Everest Sky Race » (235 km), s’est déroulée du 28 octobre au 14 novembre. « La première semaine nous avons dû composer avec le froid, beaucoup d’escalade, et on a fini dans le Khumbu. Sur les trente coureurs (en majorité des Français, car c’est une spécialité française que de courir l’Himalaya, des Anglais, Allemands, Suisses, Italiens, Espagnols…), dix se sont transformés en alpinistes du 14 au 22 novembre, et sept (dont Fabien) sont parvenus au sommet du Lobuché Est (6119m). Ce fut un beau sommet technique et enneigé. » De retour en Europe, le voyageur invétéré s’est rendu au plus grand festival du film de montagne de Bulgarie (situé à Bansko), où il était l’un des invités d’honneur. Ses deux films (l’un, sur l’Everest datant de 2008, l’autre sur Maurice Herzog finalisé en 2009, après une interview à Paris et être parti sur ses traces) ont fait partie des 80 sélectionnés.

Et l’avenir à court terme ?

« Pour l’instant je n’ai pas de rengaine et d’ennui pour les parcours, même si on essaie d’en changer, mais avec la montée du tourisme, les Népalais font des routes, saccagent des choses. Pour nous, aventuriers, ça gaspille beaucoup de terrain. A un moment donné, quand on aura tout exploré, ça s’arrêtera. Peut-être n’aurai-je plus envie de courir ? Pourquoi alors ne pas aller filmer dans le Grand Nord canadien ? » S’agissant de 2012, les dés sont jetés. Au mois d’avril ce sera encore et toujours le Népal, plus précisément le Mustang, une région très minérale et très sauvage, proche de la frontière tibétaine, pour « L’Annapurna Mandala Trail ». Et en octobre-novembre, « L’Annapurna Ultra Mountain ». Entre les deux, point de calme plat. Et pour cause. « Le principe de la course est le suivant : le premier népalais et la première népalaise sont invités en France en juillet. Pendant un mois ils la visitent. S’ils veulent courir, on les fait participer aux compétitions. » Pour ce passeur d’émotions, « c’est du plaisir pur. Sur tous les sommets on est très content d’y être, ces instants sont brefs mais intenses. On sent la mission accomplie, une sérénité. » Dans un coin de sa tête, figure son premier 8.000 m (il effacerait des tablettes son record mentionnant 7.200 m) qu’il compte bien tutoyer les yeux dans les yeux en 2013. Je suis émoustillé, car la dernière ascension s’est très bien passée. »

Un sponsor d’envergure vivement escompté

Fabien Brusson n’est aidé que par des partenaires privés liés à son magazine « Endurance, l’aventure humaine «, dont le premier numéro est sorti en 2007. Tiré à 10.000 exemplaires, comprenant un jeu-concours, il est remis gracieusement ensuite dans des boîtes aux lettres du canton de Sennecey. Evidemment, s’il avait un mécène qui lui permette de donner davantage de corps à ses actions, il s’en trouverait comblé. A bon entendeur…Par ailleurs Fabien intervient dans des entreprises (conférences sur la volonté, le dépassement de soi, projette ses documentaires…). Il a à son crédit sept documentaires, des « pièces à conviction » que l’on visionne généralement sur « Canal Plus », ainsi que sur « France 2 », « TV5 Monde », « Voyage »…

Pour se faire une idée plus précise de son cheminement : www.extremerunners71.com,  -  x.runners71@wanadoo.fr
Michel Poiriault

Source: http://www.infos-chalon.com
© FRANCE NEPAL info

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