-  Samedi 19 Janvier 2019

Le Népal en quête de Constitution

 -  Vanessa Dougnac

23 décembre 2011 - Katmandou est telle une ville en suspens, au cœur d'un Népal en devenir. Des bâtiments qui se délabrent aux ordures qui s'amoncellent, la capitale incarne l'enlisement de la transition politique de l'ancien royaume himalayen. Sur le toit du monde, l'histoire joue de contrastes improbables. Après le règne des dynasties monarchiques, défiées par dix années d'insurrection maoïste (16 000 morts) et déchues par un soulèvement populaire, le Népal s'en est remis en avril 2008 à l'élection d'une Assemblée constituante. Reconvertis au scrutin démocratique, les anciens révolutionnaires maoïstes ont obtenu la plus large représentation. Mais depuis, l'Assemblée échoue à s'entendre sur une nouvelle constitution. Instable, fragile, et l'un des pays les plus pauvres au monde, le Népal peine à se réinventer.

Ce jour-là, au fief ministériel de Singh Durbar, les chefs de parti se concertent dans une énième réunion d'urgence qui s'éternise. Au gré des mésalliances, des querelles politiques et des nouveaux cabinets, leur travail est colossal : réécrire la constitution et définir un système politique, dans un pays divisé par ses castes et ses ethnies. "La rédaction de la constitution est en bonne voie", assure Devendra Paudel, le conseiller du Premier ministre. Les députés auraient dû pourtant mettre la dernière main au texte il y a un an et demi, mais l'échéance a été repoussée pour la quatrième fois le 29 novembre dernier, offrant un ultime délai de six mois. "Nous sommes intéressés par le modèle de la France concernant le partage des pouvoirs entre chef d'État et Premier ministre, souligne le conseiller. Car nous avons encore à décider de la tête de l'exécutif, mais aussi du fonctionnement électoral, et des modalités du futur système fédéral." Exercice fébrile et fascinant, c'est une nation entière qui cherche son identité démocratique et qui s'est attablée devant une feuille blanche.

Château de cartes

Tour à tour, les leaders sortent enfin de leur réunion. Sur les marches, ils sont assaillis par les journalistes népalais. Baburam Bhattarai, l'idéologue maoïste devenu Premier ministre depuis août dernier, se faufile vers sa rustique et symbolique "Mustang", la première voiture jamais construite au Népal. "Bhattarai est perçu aujourd'hui comme celui qui pourrait réussir à obtenir le consensus", commente Yubraj Ghimire, chroniqueur pour l'Indian Express. Quant au célèbre chef du parti maoïste, appelé "Prachanda" selon son surnom de guerre signifiant "Le Terrible", il affiche embonpoint, traits d'humour et poses souriantes, avant de monter dans une belle voiture étrangère. Deux styles différents pour les deux anciens camarades de lutte, dont l'idéologie fondatrice s'est certes assouplie. Au grand dam de C. P. Gajurel, de la faction maoïste radicale, qui fait à présent une sortie remarquée. Lui recueille toute l'attention de journalistes bien conscients que le château de cartes de la politique népalaise s'effondrera si les radicaux refusent la conciliation.

Ces dernières semaines, l'espoir d'achever le processus de paix semble néanmoins se concrétiser. Le sort de 17 000 ex-combattants maoïstes de l'Armée de libération du peuple (PLA), entretenus à prix coûteux dans des camps depuis le cessez-le-feu de 2006, serait en passe d'être réglé. Une avancée cruciale, arrachée par Baburam Bhattarai, après des années de disputes internes. En accord avec leur choix, 9 690 combattants seront réintégrés à l'armée régulière, autrefois aux ordres du roi Gyanendra, et 7 286 autres se "retireront".

Mais miné par une corruption généralisée, le contexte népalais soulève d'innombrables défis : le traitement accordé à certains cadres maoïstes accusés de crimes durant la guerre, ou encore les litiges fonciers à la suite des redistributions de terres organisées autrefois par les guérilléros en faveur des paysans pauvres. À cela s'ajoute la gravité de la situation économique : dans une traite d'une ampleur alarmante, près de 1 000 chômeurs népalais émigrent chaque jour vers les États du Golfe et vers la Malaisie.

Dernière chance

Et au sein même du comité central du parti maoïste, les rivalités font rage. Les radicaux, avec C. P. Gajurel ou Mohan Baidya, ne se privent plus de dénoncer les "trahisons" de leurs chefs. "Bhattarai et Prachanda privilégient aujourd'hui le compromis, explique Narayan Wagle, écrivain et rédacteur du Nagarik News. On pourrait même se demander quelle sera la réelle substance maoïste du nouveau Népal", ironise-t-il. "Nous sommes fidèles à nos idées, dément le conseiller Devendra Paudel. Mais notre responsabilité consiste à implémenter le maoïsme selon les réalités du monde actuel." Un maoïsme caressant le capitalisme ne paraît pas déplaire au voisin géant, la Chine, qui brandit désormais tous ses jeux d'influence au Népal. Et se livre, dans ces vallées himalayennes, à une farouche compétition avec l'autre géant, l'Inde, traditionnellement plus proche du Népal. "Notre pays a vite besoin de trouver une stabilité, remarque Narayan Wagle, afin de répondre à nos puissants voisins."

Rendez-vous pris fin mai 2012. Ce sera la fin de l'ultimatum et "la dernière chance", selon les termes de la Cour suprême, pour présenter la constitution tant attendue.


Source: Le Point - www.lepoint.fr
© FRANCE NEPAL info

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