-  Mercredi 14 Avril 2021

Instituts français et Alliances françaises, différences et points de rencontre

 -  Boris Faure

Pour celles et ceux qui se posent des questions sur les principales différences et points de rencontres entre les Alliances françaises et les instituts français, voici un commentaire technique pour s'y retrouver un peu dans le "maquis"culturel français, commentaire rédigé par un membre de Français du Monde-ADFE de Varsovie. Bonne lecture :

*La situation des AF montre une certaine hétérogénéité. Elle est "naturelle"du fait du statut associatif des alliances : elles fonctionnent sur la base des réseaux locaux d'animateurs et sont subventionnées par les Ambassades en fonction de leurs activités. Dans le meilleur des cas, des personnalités francophones enthousiastes arrivent à faire rayonner les activités, en étoffant une offre de cours de qualité, en menant des activités de diffusion culturelle et en diffusant, via le livre et les médiathèques, notre culture. Dans le pire des cas, les activités associatives peuvent s'étioler faute de bénévoles pour les animer et d'argent pour les faire fonctionner. Et les alliances peuvent se limiter à de l'animation locale (de type club d'amitié francophone ou club de rencontre francophone). On touche là les limites de "la souplesse"permise par le cadre associatif. Sur le millier d'Alliances dans le monde il n'y a pas de "profil type"'.

**Le cadre institutionnel des instituts est, en revanche, plus formaté, plus défini : Ce sont, juridiquement, des services extérieurs des Ambassades, possédant l'autonomie financière : la richesse d'un institut ce sont ses trois missions systématiquement (ou presque) présentes : Culture (diffusion et aide à la création), Cours (enseignement du français général et spécialisé), médiathèque (Diffusion de notre culture via le livre et les nouveaux supports tels DVD, site internet etc etc). L'idée est celle d'une synergie entre ces 3 composantes très liées. Le pilotage stratégique d'un Institut est assuré par le service de coopération culturelle de l'Ambassade (qui définit la programmation culturelle générale et octroi les subventions publiques). Le pilotage opérationnel est le fait des équipes de direction en place. De plus en plus souvent, c'est le Conseiller d'action Culturelle (Cocac) qui porte également la casquette de directeur de l'institut. Les pilotages stratégiques et opérationnels sont donc plus liés..

La fuite en avant vers toujours plus d'autofinancement, demandé par le MAE, rend périlleuse la situation de gestion de certains instituts dans le monde. En Europe, la norme est de demander aux instituts de trouver plus de 50% de ressources privées pour assurer leur financement. L'objectif est de tendre à 60% fin 2011. Avec 50% d'autofinancement en Europe nous sommes déjà très au dessus de la moyenne européenne. Contrairement à une idée fausse, les British Council n'ont pas un auto-financement supérieur à celui des instituts français.
Il y a par contre des instituts qui ont du mal à se plier à cette recherche de performances impossibles. Ce qui fait peser des menaces de fermeture agitées par le ministère.

***Dans une Alliance, le conseil d'administration et le président définissent leur politique sur la base des accords conclus avec l'Ambassade. Il y a plus de latitude d'action...et de diversité d'action. On voit là que la qualité des équipes d'animateurs, le nombre et la diversité des adhérents font la richesse d'une alliance. Si le ministère met à disposition, dans certains cas, du personnel expatrié payé par la France, au service des Alliances (avec le titre de directeur ou de directeur des cours), dans la plupart des cas les Alliances n'ont pas de personnel français mis à disposition.

****En terme de gestion, les instituts fonctionnent comme un service de l'Etat, selon des règles de comptabilités publiques : celui qui donne l'ordre de payer (l'ordonnateur) est distinct de celui qui paye (le trésorier ou comptable publique). c'est une division des taches et des pouvoirs, que n'aurait pas renié Montesquieu, qui permet de cadrer la dépense et de planifier plus strictement la prévision budgétaire ou le bilan financier de fin d'année. Les budgets et les comptes financiers sont approuvés par le ministère des affaires étrangères, ainsi que par le juge des comptes (a posteriori) cad la Cour des Comptes en France. Les Alliances fonctionnent selon les règles comptables du pays. Et selon les normes de contrôle locales. Bien entendu, dans l'immense majorité des cas, cela ne pose aucun pb, des commissaires aux comptes validant les bilans financiers de fin d'année. cela n'exclue pas cependant quelques cas de malversations. Qui obligent souvent l'alliance française de Paris à "délabelliser"les alliances mises en cause. Il y a donc aussi, dans ce cas, des garanties de contrôle en aval.

*****La diversité des situations en Alliance, se retrouve aussi dans la politique d'emploi qui varie d'une alliance à l'autre. Les Alliances sont souveraines pour définir leurs règles d'embauche, et les salaires qui en découlent. Les personnels des instituts sont employés selon un système plus normatif : c'est le droit local qui s'applique mais selon un cadre d'emploi défini par l'Ambassade et le Ministère : système de grille unique pour définir les niveaux fonctionnels de salaires, approbation par Paris de toute création de poste, respect de l'équilibre financier qui interdit d'avoir une masse salariale représentant plus de 50% du budget de l'établissement.Ce système est nettement plus protecteur pour les personnels. Même si la raréfaction des ressources publiques peut contraindre les politiques sociales que les instituts sont incités à mener par le ministère (Je pense ici à l'harmonisation sociale à réaliser entre les personnels des instituts et les personnels directement embauchés sur le site de l'Ambassade)

Voilà, sur le plan technique, les principales différences entre les alliances et les instituts.

Conclusion : On voit donc que ce sont des outils différents, dont les missions sont proches mais avec des règles de fonctionnement, pour la mise en oeuvre de ces missions, assez dissemblables. Les garanties ne sont pas les mêmes. D'un côté celle de la puissance publique, qui cadre le fonctionnement, de l'autre, la souplesse due au système associatif. A la différence des autres réseaux culturels étrangers (Cervantès, Goethe Institut, British Council), la France ne possède pas de "label unique" et connaît donc un double système qui voit la coexistence des Alliances et des instituts. C'est notre spécificité.

Pour améliorer la lisibilité du dispositif, le MAE souhaite donner une "étiquette"unique pour les instituts français et centres culturels français présents dans le monde. Le terme "Espace France"pourrait ainsi être généralisé dans le réseau culturel. Au niveau des instituts et centres. les Alliances gardant leur label propre.

Il faut bien retenir la grande différence qui veut que les alliances françaises localement sont des associations dépendant de "la franchise"Alliance française qui est délivrée par l'AF de Paris. Les Instituts sont les services culturels extérieurs des Ambassades (juridiquement ils n'ont pas de personnalité juridique).

Les missions des Alliances sont variables même si elles incluent généralement des cours de langues. Les missions des instituts sont plus définies, plus encadrées (3 métiers = cours+Culture+médiathèque)

L'armada culturelle française dans le monde est donc vaste et ancienne si on additionne les instituts (150 environ) et les alliances (plus de 1000). On voit là que c'est une de nos spécificités d'avoir cette armada composée de deux types de navires culturels. Par ailleurs, la France, par l'étendue de ce réseau, revendique une forme d'universalité culturelle : Etre présente partout, pour faire rayonner sinon sa puissance (nous n'en avons plus les moyens) sinon son influence culturelle auprès des peuples du monde entier.

Les informations données sur le site wikipedia à  propos des AF dans le monde sont assez intéressantes.(ci-dessous)

L'Alliance française dans le monde

Le réseau de l'Alliance française comprend :

  • L'école internationale de langue française de Paris,
  • des comités situés dans les villes de province en France, qui accueillent des étudiants étrangers,
  • plus de 1 072 comités installés dans 135 pays (qui n'ont pas tous des activités régulières d'enseignement). Voir par exemple l'alliance française de Manchester ci-dessous.

Environ 460 000 étudiants ont appris le français en 2007 dans les centres de l'Alliance française.

Les Alliances installées dans les pays étrangers sont généralement nées d'initiatives locales et sont trés intégrées dans la vie des pays. Régies par le droit local (le plus souvent sous une forme associative), elles sont indépendantes de l'Alliance française de Paris, tant statutairement que financièrement, et fonctionnent vis-à-vis du siège parisien comme des franchises. L'Alliance française de Paris est propriétaire de la marque « Alliance française» et accorde le droit de l'utiliser aprés examen des statuts et des objectifs annoncés. Il n'y a pas de relations financières entre le siège et les Alliances installées à l'étranger qui doivent pourvoir elles-mêmes à  leur financement. Ainsi à New York, le French Institute Alliance Française recourt au mécénat tel qu'il est pratiqué aux Etats Unis.

Le ministère français des Affaires étrangèes a depuis 2001 une politique de signature de conventions-cadres de coopération entre les Alliances françaises et les services de coopération et d'action culturelle des ambassades, qui peuvent aller jusqu'à confier la gestion de l'action culturelle à l'Alliance française locale. Ces conventions peuvent prévoir des subventions publiques et la mise à disposition de personnels français détachés pour des fonctions de direction. (actuellement seulement les plus grandes antennes, soit environ 20% des implantations).

Ce mode de financement par des associations autonomes le distingue d'organismes étrangers équivalents tels que le British Council, le Goethe-Institut allemand ou l'Institut Cervantes espagnol[1].

 Boris Faure, Varsovie.
24 février 2009
© FRANCE NEPAL info

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