-  Vendredi 22 Février 2019

Un journaliste assassiné au Népal dans un climat de violence montante contre la presse

 -  RSF

4 avril 2012 - Reporters sans frontières condamne le meurtre du journaliste népalais Yadav Poudel, correspondant du quotidien Rajdhani Daily et de la chaîne Avenues Television, égorgé dans la nuit du 3 au 4 avril 2012, vers minuit, à Birtamod, dans le district de Jhapa (est du pays).

“Nous présentons nos condoléances à la famille et aux proches du journaliste. Le meurtre de Yadav Poudel survient dans un contexte de menaces permanentes et d'insécurité croissante pour les journalistes. Nous appelons les autorités à ne pas négliger la piste journalistique dans leur enquête et à traduire en justice dans les plus brefs délais les auteurs et les commanditaires de ce meurtre”, a déclaré Reporters sans frontières.

“Les violences contre la presse sont en augmentation depuis plusieurs semaines et demeurent impunies. Les professionnels des médias ne doivent pas être les victimes collatérales de l'instabilité politique dans laquelle se trouve le pays, et qui pourrait s'aggraver dans les prochains mois. Une action du gouvernement est nécessaire afin de renforcer la protection des journalistes et de mettre fin au climat d'insécurité qui sévit. La liberté de la presse et de l'information participent à la stabilisation politique”, a ajouté l'organisation.

Le corps de Yadav Poudel, 40 ans, a été retrouvé par la police mercredi matin à l'extérieur du Purbanchal Sekuwa Corner Hôtel près de la station de bus de Birtamod, dans le district de Jhapa. Selon la police, le journaliste a été poignardé au cou vers minuit du 3 avril 2012 pour une raison encore inconnue. Le corps présentait des blessures au visage, la main droite était fracturée et la gorge tranchée par un coup de lame. D'après les médias locaux, les habitants des alentours auraient entendu des personnes à moto crier pendant la nuit que le journaliste était caché dans l'hôtel et qu'il fallait le tuer.

La police aurait déjà arrêté 16 suspects, parmi lesquels le couple de propriétaires de l'hôtel. Se basant sur le rapport d'enquête préliminaire, la police a indiqué aux journalistes qu'un conflit personnel pourrait être la raison derrière l'assassinat. La police de Jhapa a déclaré qu'elle arrêterait toutes les personnes impliquées dans ce meurtre.

Vous pouvez consulter la vidéo sur le site du Firstpost.

Exerçant son métier de journaliste depuis plus de cinq ans, Yadav Poudel, qui travaillait également comme correcteur pour le journal local Mechi Times, avait aussi assumé la fonction de secrétaire de l'union de la presse de Jhapa (Jhapa Press Union).

Shiva Gaule, président de la Federation of Nepali Journalists (FNJ), en réunion d'urgence à Kathmandou sur le cas, a fermement condamné le meurtre et a demandé à la police qu'une action immédiate soit menée afin de retrouver les coupables.

Au cours des semaines qui ont précédé le meurtre du journaliste, les cas de menaces et de mauvais traitements de journalistes se sont multipliés.

Le 2 avril, Umesh Kumar Mehta, journaliste à Popular FM et membre du FNJ, a été menacé de mort par téléphone à Inaruwa (Est) à cause de ses reportages sur des irrégularités dans les élections du comité de gestion d'une école à Madhyaharsahi (Sunsari, est) par Shyam Lal Mehta, futur président du comité.

Le 22 mars Sashi Bichitra, éditeur en chef de l'hebdomadaire New Highway, publié dans le district du Parsa (centre-est du pays), a été menacé de mort par téléphone. Selon le journaliste, les menaces pourraient être liées à ses reportages sur des activités de contrebande dans la zone de Sarlahi.

Shravan Deuba, journaliste au Nayapatrika Daily, Deepak Oli du Sourya Daily, et Bhim Chaudhari, de Tarai Television, ont été kidnappés le 12 mars 2012 à 19h30 par un groupe de trafiquants à Kailali (ouest), retenus captifs pendant deux heures et menacés de mort s'ils publiaient leurs reportages sur la contrebande de bois. Les trois journalistes se trouvaient dans une zone de déforestation pour collecter des informations et faire des photographies.

L'écrivain et journaliste Kanak Mani Dixit, le membre de l'UNICEF Kul Chandra Gautam et l'activiste des droits de l'homme Subodh Raj Pyakurel ont fait l'objet de menaces de mort, suite à leurs critiques envers le président du Parti communiste unifié du Népal (UCPN-Maoïste), Pushpa Kamal Dahal 'Prachanda'. Kanak Mani Dixit a été déclaré ‘ennemi du peuple' dans un article publié le 30 janvier 2012 dans la revue mensuelle Lalrakshak (“Gardes Rouges”), voix de l'UCPN-M.

Le Népal se situe à la 106ème place, sur 179 pays recensés, dans le classement de la liberté de la presse 2011-2012 de Reporters sans frontières.


Source : RSF (rsf.org)
© FRANCE NEPAL info

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