-  Samedi 17 November 2018

Enquête : Au coeur de la rébellion maoïste

 -  Vincent PRADO

 10 ans déjà que le Népal est soumis à une guerre civile très meurtrière. D’un côté il y a la rébellion maoïste, de l’autre le gouvernement central de Katmandu. Enfin ce qu’il en reste, le premier février dernier le roi Gyanendra ayant décidé de prendre de force les pleins pouvoirs, mettant fin « provisoirement » à la démocratie. Quant à la population civile, elle est plus que jamais prise en Sandwich entre des violences maoïstes grandissantes et une Armée Royale Népalaise, elle aussi peu soucieuse du respect des droits de l’homme.

 Rolpa, fief des rebelles maoïstes, des milliers de paysans, hommes, femmes et enfants, vêtus de haillons, la plupart pieds nus, attaquent la roche à coups de pioches et barres à mine. Les regards sont durs, les corps maigres et fatigués. L’horreur des Grands Travaux communistes de l’ex Union Soviétique, usant massivement du travail forcé, se répèterait-elle au Népal ?

Hier Lénine et son successeur Staline trouvaient une main d’œuvre gratuite et abondante chez les quelques 15 millions de prisonniers de l’Ex-URSS, aujourd’hui c’est Prachanda, le chef suprême de l’insurrection maoïste népalaise, qui semble vouloir imiter ses aînés. Prasanta, ministre maoïste au conseil central du peuple, est justement le coordinateur de ce premier « Grand Chantier » révolutionnaire, la construction d’une route de 100 kilomètres au cœur des deux régions historiques contrôlées par les rebelles, Rolpa et Rukum. « Nous avons déjà mobilisé 10 000 villageois depuis le début des travaux en décembre dernier, et nous aurons besoin d’un million de personnes la première année ».

Comme chez les deux ex leaders soviétiques, parmi les travailleurs, Prasanta, légèrement embarrassé toutefois, avoue lui aussi utiliser des prisonniers. En fait surtout des hommes et des femmes ayant enfreint les règles imposées par les rebelles. Comme consommer de l’alcool ou encore avoir des relations sexuelles avant le mariage, c'est-à-dire 20 ans pour les femmes et 22 ans pour les hommes. « Mesures provisoires prises en temps de guerre », se justifient les leaders de la rébellion. Malheureusement beaucoup de jeunes se font bêtement piéger ou dénoncer.

« Plus qu’une punition, c’est une contribution pour les générations futures, vos enfants seront fiers du travail de leurs Pères sur la route », précise finalement Prasanta, le ministre en charge de la construction. Quant à tous les autres, les non prisonniers, ils doivent « offrir » à la route 15 jours de leur vie si ils vivent proches et 10 jours si ils viennent de loin, à plusieurs jours de marche. Seuls les pioches, les masses et les barres à mine sont prêtées gracieusement par le parti révolutionnaire. Tout le reste, vivres, ustensiles de cuisine et de quoi dormir, doit être apporté à dos d’homme et à ses frais, pour la durée du «séjour ».

Malgré ces conditions de travail extrêmement difficiles, sans salaire bien sûr, Prasanta est catégorique, « les villageois sont heureux de venir travailler sur cette route, elle représente un nouvel espoir économique pour notre peuple ». Devançant ma question il ajoute, « nous ne forçons jamais les villageois, nous refusons même du monde en acceptant qu’une seule personne par maison ».

Pourtant, au fil des témoignages recueillis le long de la future route, c’est une toute autre réalité qui se dessine. « S’il n’y a pas d’homme à la maison, c’est une femme ou un enfant qui doit y aller », dit une paysanne, pelle à la main, le visage noir de poussière. « Les maoïstes ont fermé de force l’école de notre village pour envoyer les élèves travailler sur la route », raconte un petit groupe d’hommes, réunis autour d’un feu pour se réchauffer les mains. « J’ai la tuberculose, mon mari est alcoolique et très faible, alors les maoïstes ont pris ma seule fille », témoigne, adossée à sa maison, une femme de 40 ans qui en paraît 60. Etc.

De toute évidence la joie et la fierté du travailleur communiste tant vanté par le ministre maoïste ne se devinent pas sur les visages. Au contraire, dans la froideur du petit matin, nombreux son ceux à fumer de la drogue pour lutter contre la fatigue et se donner du courage. Et ces quelques mots, «La route martyr de Rolpa », peints en lettres rouges et en anglais, comme un appel international à l’aide, sur un des rochers du futur tracé, résument certainement mieux la vérité. « Ils (parlant des leaders maoïstes) appellent cela une mobilisation populaire, mais construire une route à travers les montagnes ce n’est pas une farce.

La rébellion n’a aucun budget, cette route est faite au pif, sans aucuns calculs et techniciens qualifiés pour encadrer les travaux. Avec les premières pluies 70 % du travail sera à refaire », livre, dégoûté, un personnage important du mouvement rebelle, dont le nom et la fonction, à sa demande, doivent rester cachés...

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